‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 206 sur 376 · CONCERTS A BRUXELLES (MARS 1S · texte numérisé non relu

CONCERTS A BRUXELLES (MARS 1S

ainsi tout espoir de réaliser jamais mon projet primitif, c'est-à-dire de faire jouer mon œuvre par une troupe d’élite allemande. Je ne pouvais donc me dissimuler que j’entrais en plein dans une aventure. Quelques entretiens avec le directeur Royer suffirent à m’éclairer sur le caractère que prendrait cette nouvelle entreprise. Royer n’avait d’autre souci que de me convaincre de la nécessité de modifier mon deuxième acte afin d’y pouvoir intercaler un ballet. Je ne répondis pas à de telles prétentions, mais en rentrant chez moi je me demandais ce qu’il en adviendrait de moi si je me décidais à renoncer tout simplement à la représentation de mon Tannhânser.

D’autres préoccupations relatives à ma situation vinrent absorber tout mon temps vers cette époque. J’avais résolu de répéter mes concerts à Bruxelles et déjà Giacomelli était en train de les organiser. Avec le théâtre de la Monnaie, il avait signé un contrat aux termes duquel je recevrais, tous frais payés, la moitié des recettes que produiraient les trois concerts que j’y donnerais. Espérant rattraper dans la capitale belge l’argent perdu à Paris, je me mis donc en route pour Bruxelles, en compagnie de mon agent. C’était le 19 mars 1860. Mon Mentor me força à faire des visites à toute espèce de rédacteurs. Parmi les sommités du journalisme se trouvait M. Fétis père, que je savais être depuis longtemps l’âme damnée de Meyerbeer. Je m’amusai à discuter avec cet homme, qui se figurait être une autorité ; en fin de compte, il déclara que nous étions absolument du même avis.

A Bruxelles, je fis aussi la connaissance de l’étrange conseiller d’État Klindworth et de sa fille, qu’aucuns

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