‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 208 sur 376 · EXCURSION A ANVERS · texte numérisé non relu

EXCURSION A ANVERS

teurs payants : tout compte fait, je n’avais pas même de quoi payer mon voyage, celui de mon agent et d’un domestique. C’en était assez : je ne risquai pas le troisième concert et retournai à Paris d’assez méchante humeur ; tout ce que je rapportais de cette expédition, c’était un vase en verre de Bohême que m’avait offert Mme Street, fille de Klindworth.

Pendant ce séjour à Bruxelles, je m’étais pourtant accordé la distraction d’une excursion à Anvers. N’étant pas disposé à employer le peu de temps que j’avais à visiter les musées, je me contentai de voir la ville qui n’a rien du cachet antique auquel je m’attendais. La célèbre citadelle me désappointa absolument. Pour les décors du premier acte de mon Lohengrin , je m’étais imaginé qu’elle avait l’aspect d’un vieux burg se dressant sur une colhne quelconque de l’autre côté de l’Escaut : au heu de cela, je n’aperçus que des fortifications à ras de terre, dans une plaine sans bornes. Quand, plus tard, j’assistais aux représentations de Lohengrin , je ne pouvais jamais m’empêcher de sourire du château fort que le décorateur place d’ordinaire sur une montagne au fond de la scène.

De retour à Paris, à la fin de mars, il me fallut réfléchir à ma situation ; j’étais absolument dénué de moyens d’existence et sans aucun espoir d’en trouver. Sous le poids des soucis qui m’accablaient, je considérais d’un œil singulier l’affluence des personnes qui venaient à mes réceptions ; j’avais fait sensation dans la société parisienne, ma maison était décidément en vogue. Mes mercredis devenaient de plus en plus brillants ; d’inté-

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