‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 210 sur 376 · SAINT-SAËNS (MARS · texte numérisé non relu

SAINT-SAËNS (MARS

pris ainsi à connaître l’étonnante dextérité et le talent de ce musicien. A sa vélocité extraordinaire et à sa stupéfiante facilité à déchiffrer les partitions d’orchestre les plus compliquées, Saint-Saëns joignait une mémoire non moins admirable. Il exécutait par cœur toutes mes partitions, y compris celle de Tristan , sans oublier aucun détail, et avec une telle exactitude qu’on eût juré qu’il avait le texte sous les yeux. Dans la suite, j’ai appris, il est vrai, que cette réceptivité extraordinaire pour tout ce qui forme la technique de la musique semblait gêner en lui les facultés d’intense productivité. Tandis qu’il faisait de continuels essais pour se mettre au rang des compositeurs, je finis par le perdre totalement de vue.

J’avais donc à m’entendre avec M. Royer, directeur du Grand Opéra, pour la représentation de Tannhâuser. Deux mois s’écoulèrent sans que je susse au juste si je devais dire oui ou non dans cette affaire. Pas une de nos conférences ne finissait sans que Royer ne me recommandât d’intercaler un ballet dans le deuxième acte, et quoique je l’étourdisse de ma faconde, je ne réussissais pas à le persuader de l’inutihté de ce funeste ballet. En attendant, il me fallut bien songer à faire traduire convenablement mon poème.

Jusqu’à présent, ce travail avait eu un sort assez singulier. L’incapacité de M. de Chamal était manifeste ; Roger ne donnait plus signe de vie ; le zèle de Gaspérini à entreprendre cette traduction n’était pas sérieux ; ce fut finalement un M. Lindau qui s’en chargea. Ce Lindau s’était présenté chez moi m’affirmant qu’il serait capable de fournir une bonne adaptation de Tannhâuser . Origi-

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