‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 211 sur 376 · R. LINDAU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

R. LINDAU TRADUCTEUR

naire de Magdebourg et déserteur de l’armée prussienne, cet « artiste » m’avait été recommandé par Giacomelli pour remplacer à un de mes concerts un chanteur français subitement indisposé. Sans la moindre hésitation, Lindau avait prétendu être à même de chanter l’air de l} Etoile du soir , qu’il connaissait fort bien, disait-il, et je crus positivement que le ciel m’envoyait un génie. Mais rien n’est comparable à la stupéfaction que j’éprouvai à constater l’aplomb inouï de cet homme qui, aussi peu sûr de sa partie qu’un dilettante, ne réussit pas a chanter clairement une seule note. Le public en fut tellement ahuri qu’il ne songea même pas à exprimer son mécontentement. Lindau trouva toute sorte d’explications et d’excuses pour pallier son méfait et il finit par devenir un des familiers de ma maison, non à cause de son talent de chanteur, mais parce qu’il réussit à gagner l’affection de Minna, s’empressant comme ami et venant nous voir journellement. A contre-cœur, je me résignai à sa société, pas tant pour les grandes connexions qu’il prétendait avoir que parce qu’il se mettait en quatre pour nous rendre tous les services possibles.

Ce qui me décida à lui abandonner la traduction de Tannhâuser, c’est qu’il voulait faire appel à la collaboration du jeune Edmond Roche. Grâce à son amabilité et à son obligeance, je m’étais lié avec ce dernier à mon arrivée à Paris, au mois de septembre de l’année précédente. Mon mobilier étant arrivé de Zurich, il m’avait fallu me rendre à la douane ; là on m’avait adresse à un jeune employé d’aspect pâle et un peu nécessiteux, mais au regard intelligent. Lorsque je voulus me nommer, il

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