EDMOND ROCHE
m’interrompit et s’écria avec enthousiasme : « Oh ! je connais bien M. Richard Wagner puisque j’ai son portrait suspendu au-dessus de mon piano. » Très étonné, je m’informai d’où il me connaissait et j’appris qu’il était un de mes adeptes les plus fervents et qu’il avait étudié à fond les arrangements pour piano de mes opéras. Après qu’il m’eut aidé avec la plus grande complaisance à me tirer des tracasseries de la douane, je lui fis promettre de venir me voir. Il vint et je pus me rendre compte de la misérable situation de ce pauvre garçon. Malgré les dons poétiques élevés qu’il me semblait posséder et quoiqu’il eût cherché à vivre en acceptant des postes de violoniste dans de petits orchestres de vaudeville, il avait dû (étant déjà marié) se résigner à prendre un modeste emploi dans un bureau. S’il était mesquin, son traitement était sûr du moins, et il avait une perspective d’avancement. Roche connaissait véritablement ma musique et il affirmait qu’elle était l’unique consolation de sa triste existence. Quant à ses élaborations poétiques, Gaspérini et d’autres juges compétents me dirent seulement qu’elles renfermaient de beaux vers. J’avais déjà songé à lui pour la traduction de Tannhâuser; l’unique empêchement, c’est-à-dire son ignorance de l’allemand, disparaissant par la collaboration de Lindau, j’acceptai donc tout de suite la proposition de ce dernier.
Nous tombâmes d’accord que pour commencer Lindau devait faire du poème une traduction littérale en prose. Mais elle se fit attendre et je n’ai su que plus tard la raison de ce retard. Lindau n’était pas même capable d’exécuter ce simple travail et il avait dû le confier à