‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 213 sur 376 · PÉNIBLE TRADUCTION DE « TANNHÂUSER · texte numérisé non relu

PÉNIBLE TRADUCTION DE « TANNHÂUSER

un pauvre diable de Français qui savait V allemand et auquel Lindau promit des honoraires qu’il m’extorqua dans la suite. Pendant ce temps Roche versifia quelques strophes de mon texte et ses vers me plurent beaucoup. Ayant donc en main les preuves de la capacité de mes collaborateurs, je me présentai chez Royer pour qu’il donnât son assentiment à mon choix. Il ne parut pas satisfait de ces noms inconnus, mais j’insistai pour qu’on fît du moins un essai. Dans mon désir opiniâtre de ne pas enlever ce travail à Roche et ayant constaté d’autre part la totale nullité de Lindau, je travaillai moimême péniblement à cette traduction. Pour mettre quelques vers sur pied, « mes écrivains » passaient souvent quatre heures de suite chez moi et souvent aussi j’étais tenté de flanquer Lindau à la porte; non seulement il ne comprenait pas un traître mot du texte allemand, mais il avait toujours les conseils les plus impertinents à nous donner. Si je gardais cette absurde association, malgré les colères qu’elle me valait, c’était uniquement à cause de Roche auquel je voulais accorder la part de gain qui lui reviendrait de ce travail.

Ce labeur pénible dura plusieurs mois ; entre temps je conférais avec Royer pour la distribution des rôles. Il me parut singulier qu’aucun des artistes du Grand Opéra ne me fût, pour ainsi dire, proposé par le directeur. Du reste, ils m’étaient tous antipathiques, à l’exception d’une Mme Gueymard que j’eusse aimée pour le rôle de Vénus ; mais on ne voulut pas d’elle, je ne sais pourquoi.

Afin de me rendre consciencieusement compte du per-

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