J’ESSAIE DE ME DÉBARRASSER DE DIETZSCH
sûr ni d’un mouvement ni d’une nuance. Je vis le grave danger qui nous menaçait. Si aucun des chanteurs n’était à la hauteur de son rôle et ne pouvait résoudre le problème qui lui était posé pour obtenir un effet véritable ; si cette fois-ci le nerf vital des représentations parisiennes, le ballet, ne contribuait que peu ou pas du tout à la réussite de l’ensemble ; si enfin l’esprit de l’œuvre et ce quelque chose qui touchait la fibre intime des Allemands même dans les plus mauvaises représentations, n’éveillait ici qu’un sentiment d’étrangeté, il est clair qu’il eût au moins fallu que l’orchestre exprimât avec énergie et vigueur le caractère spécial de la musique, de façon à impressionner les auditeurs parisiens. Mais, hélas ! sous la direction de Dietzsch toutes les lignes du dessin s’effaçaient et s’évanouissaient dans un chaos incolore, les chanteurs perdaient leur assurance et même les pauvres petites danseuses ne trouvaient plus la mesure de leur pas trivial. Je crus donc devoir réclamer un autre directeur et m’offris, au besoin, de remplacer Dietzsch .
Cette réclamation porta la confusion à son comble. L’orchestre, qui connaissait pourtant l’incapacité de son chef et qui s’en était moqué ouvertement, prit parti contre moi, afin de sauver au moins les apparences. La presse se déchaîna contre mon arrogance, etJNapoléon III, devant tout ce branle-bas, ne trouva d’autre palliatif que de me faire dire de renoncer à ma prétention, car elle risquait d’ébranler tout à fait ma situation et le succès de mon opéra. Comme dédommagement, on m’autorisa à reprendre les répétitions et à en ordonner autant que je le jugerais bon.
Cette autorisation ne pouvait avoir d’autre résultat