‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 235 sur 376 · MÉCONTENTEMENT DE MES AMIS · texte numérisé non relu

MÉCONTENTEMENT DE MES AMIS

seconde fois à T Empereur, mais, comme avant, sa réponse fut tout simplement une permission de répéter tant que cela me paraîtrait nécessaire.

Lassé jusqu’au fond de l’âme et malgré le triste résultat que je prévoyais, je laissai alors les choses suivre leur cours. Dès que j’eus donné l’autorisation de fixer la date de la première, je fus en butte aux plus singulières obsessions. Chacun de mes amis et partisans exigea de moi une bonne place pour la représentation. Or, la direction m’avait signifié qu’en de telles occasions, la répartition des places était exclusivement réservée à la cour et à ceux qui en dépendaient. A qui on distribua les billets, je ne devais l’apprendre que trop tôt ! Pour le moment, j’avais le gros ennui de ne pouvoir contenter une grande partie de mes amis. Quelques-uns firent preuve d’une susceptibilité excessive et se plaignirent amèrement de ma prétendue indifférence. Champfleury me reprocha par lettre mon crime de lèse-amitié ; Gaspérini se brouilla ouvertement avec moi parce que je n’avais pas réservé la plus brillante des loges à son protecteur, le receveur général Lucy, de Marseille, qui était mon créancier. Même Blandine Ollivier qui, pendant les répétitions, avait témoigné du plus chaleureux enthousiasme pour mon œuvre, même Blandine crut à un manque d’égards total de ma part, lorsqu’elle et son mari, mes meilleurs amis, ne reçurent que deux modestes fauteuils d’orchestre. Il fallut tout le calme d’Émile Ollivier et mes explications réitérées pour faire revenir l’offensée de son courroux. Seul, le pauvre Bülow comprenait et souffrait avec moi : il ne recula devant aucune peine pour me soutenir dans

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