S TUMULTE PENDANT LA DEUXIÈME REPRÉSENTATION
trente fois de suite, au grand déplaisir des amateurs de ballet. Il était donc indispensable de faire opposition à temps. L’excellent M. Royer reconnut sur-le-champ que les intentions de ces messieurs étaient « sérieuses » et il abandonna la lutte malgré l’appui de l’Empereur et de l’Impératrice qui assistaient, stoïques, au vacarme de leurs propres courtisans.
Mes amis furent bouleversés. Après la représentation, Bülow se jeta en sanglotant au cou de Minna ; celle-ci avait bien remarqué les grossièretés que ses voisins lui adressaient parce qu’ils avaient reconnu ma femme en elle. Notre fidèle domestique souabe, la brave Thérèse elle-même, avait été injuriée par un manifestant furieux ; mais s’apercevant qu’il comprenait l’allemand, elle lui avait lancé à la face un vigoureux « schweinehund » qui lui avait imposé silence pour quelque temps. Kietz avait perdu l’usage de la parole, et quant à la « fleur de jardin », de Chandon, elle languissait dans le garde-manger.
Lorsque j’appris que, malgré tout cela, on projetait une troisième représentation, je ne vis que deux issues devant moi pour échapper aux « habitués » : ou bien retirer ma partition, ou bien (si l’on persistait à rejouer l’opéra) exiger que ce fût un dimanche, hors de l’abonnement. Je pensais éviter ainsi d’irriter les« Jockeys », car, ce jour-là, ils abandonnaient d’ordinaire leurs loges à un public d’occasion. Ce stratagème obtint l’approbation de la direction et des Tuileries ; on y souscrivit, en refusant toutefois d’annoncer que ce serait la troisième et dernière représentation. Moi et Minna, nous n’y assistâmes point. Il m’était aussi odieux d’entendre insulter