‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 245 sur 376 · UN <« THÉÂTRE WAGNER · texte numérisé non relu

UN <« THÉÂTRE WAGNER

consentis à entendre parler qu’à une condition, c’est qu’on choisît un directeur sérieux et expérimenté. On songea à M. Perrin. Celui-ci, qui attendait depuis des années le moment où il deviendrait directeur du Grand Opéra, ne voulut pas se compromettre. Cependant il n’attribuait l’échec de ma pièce qu’à l’incapacité de Royer, qui n’avait pas su, m’écrivit-il, gagner la presse à l’entreprise. Il était tenté d’en donner la preuve en prenant lui-même la chose en main. Mais, fort prudent et de sens rassis, il crut remarquer certaines tares dans les propositions de M. Lorbach. Comme ce dernier discutait avec lui les conditions du courtage, Perrin eut l’impression qu’il s’agissait d’une spéculation où tout n’était pas clair. Il déclara donc que s’il devait créer un « Théâtre Wagner » il réunirait seul les fonds nécessaires. Et vraiment il songea à acquérir soit le grand café de 1’ « Alcazar », soit le « Bazar de la Bonne Nouvelle ». Des capitalistes semblaient prêts à financer pour lui venir en aide, M. Erlanger parlait d’une dizaine de banquiers disposés à placer chacun cinquante mille francs dans l’affaire. Cinq cent mille francs auraient été mis ainsi à la disposition de M. Perrin. Pourtant, il perdit bientôt courage, car il se rendit compte que si les hommes auxquels il s’était adressé ne demandaient pas mieux que de créer un théâtre, c’était pour leur amusement personnel et non pour la diffusion sérieuse de mes oeuvres à Paris.

Ces expériences déprimantes firent perdre à M. Erlanger tout intérêt à mon sort. Au point de vue commercial, son contrat avec moi avait été une affaire manquée. D’autres amis alors s’occupèrent de mettre de l’ordre

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dans mes finances. Avec beaucoup de tact, les ambassades d’Allemagne s’informèrent de mes besoins par l’intermédiaire du comte de Hatzfeld. A moi, il me semblait tout simplement qu’en obéissant à l’ordre de l’Empereur de faire exécuter mon opéra à Paris, j’avais perdu mon temps à une entreprise dont l’insuccès n’était point de ma faute. Mes amis n’eurent pas tort de me reprocher la négligence qui m’avait fait oublier de stipuler, dès le . début, certaines indemnités qui eussent paru fort naturelles au sens pratique des Français. Je n’avais demandé d’avance aucun dédommagement pour mes peines et n’avais compté que sur les droits d’auteur qui me reviendraient si j’avais du succès. Comme il m’était impossible de m’adresser après coup à l’administration de l’Opéra ou à l’Empereur, j’acceptai volontiers que la princesse de Metternich intercédât en ma faveur. Le comte de Pourtalès s’était arrêté récemment à Berlin pour obtenir du prince régent de Prusse qu’il donnât l’ordre de faire représenter Tannhâuser à mon bénéfice. Mais le prince se heurta au mauvais vouloir de son intendant, M. de Hülsen, qui me détestait. Me voyant devant une longue période d’absolu dénûment, il me fallut, quoi que j’en eusse, laisser à ma protectrice le soin de faire valoir mes droits à une indemnité. Je partis donc le 15 avril (car tous ces événements s’étaient passés dans l’espace d’un mois, depuis la première de Tannhâuser) pour l’Allemagne, afin d’y prendre pied, si possible.

Bülow, le seul qui comprît absolument mes véritables tendances, m’y avait précédé ; il était parti au milieu du remue-ménage de mes représentations. De Carlsruhe

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