MORT DE MON CHIEN FIPS
moment d’aller à Vienne pour les répétitions de mon Tristan. Nous résolûmes de laisser notre mobilier bien emballé chez un commissionnaire de Paris. Et tout en préparant ce départ si péniblement retardé, nous pesions gravement les difficultés que nous aurions à emmener notre petit chien Fips en chemin de fer. Un jour, le 22 juin 1861, ma femme étant sortie avec le chien, elle le ramena mourant, sans qu’on pût s’expliquer ce qui lui était arrivé. De l’avis de Minna, il avait sans doute avalé un violent poison répandu dans la rue ; son état était lamentable : on ne pouvait constater aucune blessure externe, mais sa respiration haletante nous fit croire à une lésion du poumon. Dans le premier moment de ses atroces souffrances, il avait fortement mordu Minna à la lèvre. En toute hâte, je fis appeler un médecin ; il nous rassura ; la bête n’était pas enragée. Malheureusement, il n’y avait plus d’espoir de sauver le pauvre animal ; recroquevillé dans un coin, il avait la respiration de plus en plus courte et difficile. Vers onze heures du soir, il parut s’endormir sous le lit de Minna ; quand je le tirai de là, il était mort.
Moi et Minna, nous ne parlâmes jamais de l’impression que nous produisit ce triste événement. Les animaux domestiques avaient toujours eu une très grande importance dans notre ménage sans enfant ; la mort soudaine de notre joyeux et aimable Fips sembla porter le dernier coup à une vie commune devenue impossible depuis longtemps. Mon premier soin fut de soustraire le cadavre au sort qui attend les chiens morts à Paris : on les jette à la voirie et le matin les boueurs les emportent avec les ordures. Je résolus d’enterrer Fips dans le petit jardin