J’HABITE L’HÔTEL DE L’AMBASSADE DE PRUSSE
retenir à Paris jusqu'à ce que j’eusse achevé avec Truinet la traduction du libretto du Fliegender Hollaender . Il me fallait quelques semaines encore pour cela. Mais il m’était impossible de rester dans notre appartement absolument vide. Le comte de Pourtalès ayant appris mon embarras, m’invita à habiter l’hôtel de l’ambassade de Prusse pendant ce temps. Jamais je n’avais reçu d’offre aussi prévenante ; je l’acceptai donc avec une gratitude pleine d’heureux pressentiments.
Le 12 juillet, Minna partait pour Soden et le même jour je m’installais à l’hôtel de l’ambassade. On m’y donna une jolie chambrette ayant vue sur le jardin et d’où l’on dominait les Tuileries. Dans le bassin se baignaient deux cygnes noirs qui m’attiraient à eux dans une douce rêverie. Lorsque le jeune Hatzfeld vint s’enquérir de mes besoins de la part de mes protecteurs, je fus saisi pour la première fois depuis longtemps, d’une émotion profonde et d’un sentiment exquis de bien-être, malgré l’absence de toutes les conditions qui forment généralement ce qu’on entend par une existence stable. Je demandai la permission de faire venir mon Érard qui n’avait pas été emballé avec le mobilier et on me l’installa dans une belle pièce du premier étage. C’est là que le matin je travaillais à la traduction du Fliegender Hollaender . J’y composai aussi deux pages d’album : l’une, destinée à la princesse de Mettepiich sur un gracieux motif que j’avais depuis longtemps en tête, aj^été publiée dans la suite ; l’autre, dédiée à la comtesse de Pourtalès, a été perdue. Mes rapports avec la famille de mon hôte eurent sur moi une influence aussi agréable