SOIRÉES A L’AMBASSADE
qu’apaisante. Nous prenions nos repas en commun et très souvent le déjeuner quotidien avait les proportions d’un « dîner diplomatique » ; j’appris à y connaître l’ex-ministre de Prusse, Bethmann-Hollweg, père de la comtesse de Pourtalès, et je m’entretins sérieusement avec lui des rapports que l’art doit avoir avec l’État. Lorsque j’eus réussi à lui faire comprendre ma pensée, le ministre déclara, à mon grand regret, qu’une entente de cette nature ne serait jamais possible avec le souverain, car pour celui-ci l’art n’était que du domaine de l’amusement. Avec le comte de Hatzfeld, les deux autres attachés de l’ambassade, le prince de Reuss et le comte Dônhoff prenaient souvent part à ces réunions familières. Le prince semblait être la forte tête politique de l’ambassade ; on me vanta l’intelligence et l’habileté qu’il avait déployées pour plaider ma cause à la cour impériale. Le comte Dônhoff m’attirait par sa physionomie caractéristique et son aimable bonhomie.
Aux soirées de l’ambassade, je retrouvai aussi le prince et la princesse de Mettemich et je ne pus me dissimuler qu’il y avait une certaine contrainte dans nos rapports. Pour avoir si énergiquement pris mon parti à propos de Tannhâuser, la princesse Pauline avait été en butte non seulement aux insinuations les plus grossières de la presse, mais elle avait encore dû subir les attitudes méchantes et très peu chevaleresques de la soi-disant haute société. Son mari, qui paraissait avoir fort bien supporté tout cela, avait cependant passé des moments très désagréables sans doute. Il m’était difficile de deviner jusqu’à quel point la sympathie que mon art inspirait à la prin-