LE PRINCE ET LA PRINCESSE DE METTERNICH
cesse avait pu la dédommager de tous ces ennuis. Aux yeux du monde, elle passait pour une femme extrêmement capricieuse, constamment préoccupée de l'effet à produire. Moi-même, dans nos relations antérieures, je n'avais jamais trouvé le chemin d'un rapprochement réel entre nous. Tout ce que j'avais pu constater de son caractère, c'était une confiance téméraire en elle-même d'où découlait une énergie sans frein ; avec cela un jugement très avisé sur les choses pratiques. Je n'ai jamais compris ce qu'elle a voulu dire en m'avouant un jour avec une confusion presque puérile qu'elle aimait entendre les « fugues ».
Quant au prince, qui était d'un naturel assez mesquin et froid, je suppose qu'il se sentait surtout attiré vers moi par son désir d'apprendre à composer; cependant il eut la prudence de ne pas m'importuner sous ce rapport ; en revanche, j'eus l'occasion d'apprécier la justesse et le tact de ses jugements politiques, et ces qualités me parurent être chez lui le résultat moins de l'éducation que de l’instinct qu'il devait à sa naissance et à sa situation.
Après avoir passé avec mes aimables hôtes bien des heures intimes pendant lesquelles j'essayai même de les convertir à Schopenhauer, je pris part à une grande soirée qui me procura des sensations de véritable ivresse. Dans un cercle d'amis qui m'étaient tout dévoués on exécuta diverses parties de mes compositions. Saint- Sa ëns était au piano et j'entendis cette chose extraordinaire : une Napolitaine, la princesse de Campo-Reale, accompagnée par l'excellent musicien, chanter la scène