‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 254 sur 376 · LE PRINCE ET LA PRINCESSE DE METTERNICH · texte numérisé non relu

LE PRINCE ET LA PRINCESSE DE METTERNICH

cesse avait pu la dédommager de tous ces ennuis. Aux yeux du monde, elle passait pour une femme extrêmement capricieuse, constamment préoccupée de l'effet à produire. Moi-même, dans nos relations antérieures, je n'avais jamais trouvé le chemin d'un rapprochement réel entre nous. Tout ce que j'avais pu constater de son caractère, c'était une confiance téméraire en elle-même d'où découlait une énergie sans frein ; avec cela un jugement très avisé sur les choses pratiques. Je n'ai jamais compris ce qu'elle a voulu dire en m'avouant un jour avec une confusion presque puérile qu'elle aimait entendre les « fugues ».

Quant au prince, qui était d'un naturel assez mesquin et froid, je suppose qu'il se sentait surtout attiré vers moi par son désir d'apprendre à composer; cependant il eut la prudence de ne pas m'importuner sous ce rapport ; en revanche, j'eus l'occasion d'apprécier la justesse et le tact de ses jugements politiques, et ces qualités me parurent être chez lui le résultat moins de l'éducation que de l’instinct qu'il devait à sa naissance et à sa situation.

Après avoir passé avec mes aimables hôtes bien des heures intimes pendant lesquelles j'essayai même de les convertir à Schopenhauer, je pris part à une grande soirée qui me procura des sensations de véritable ivresse. Dans un cercle d'amis qui m'étaient tout dévoués on exécuta diverses parties de mes compositions. Saint- Sa ëns était au piano et j'entendis cette chose extraordinaire : une Napolitaine, la princesse de Campo-Reale, accompagnée par l'excellent musicien, chanter la scène

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