‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 255 sur 376 · ADIEUX A MES AMIS PARISIENS · texte numérisé non relu

ADIEUX A MES AMIS PARISIENS

finale d 'Iseult avec une parfaite prononciation allemande et une étonnante sûreté d'intonation.

Pendant ces trois semaines d'agréable repos pour moi, le comte de Pourtalès s'occupait de me fournir un important passeport prussien. A cause des craintes de M. de Seebach, il n'avait rien pu obtenir de la Saxe. Croyant quitter Paris pour toujours, je pris amicalement congé des quelques rares Français fidèlement restés à mes côtés pendant mes misères. Dans un café de la rue Laffitte, je donnai rendez-vous à Gaspérini, Champfleury et Truinet et notre entretien se prolongea très avant dans la nuit. Lorsque je voulus rentrer au faubourg Saint-Germain, Champfleury, qui habitait au haut de Montmartre, déclara qu'il m'accompagnerait jusque chez moi ; il ne savait pas, disait-il, si nous nous reverrions jamais.

Je jouis de l'impression merveilleuse que firent sur moi les rues désertes de Paris inondées d'un éclatant clair de lune ; seules les enseignes qui grimpaient le long des maisons jusqu'aux étages les plus élevés, symboles de la formidable vie commerciale qui anime certaines voies comme la rue Richelieu, semblaient prolonger de façon pittoresque le bruit du jour dans le silence de la nuit. Champfleury fumait sa pipe et me parlait des chances de la République française : son père, bonapartiste de la plus belle eau et qui lisait quotidiennement les journaux, en était lui-même arrivé à dire dernièrement : « Pourtant, avant de mourir, je voudrais voir autre chose. » A la porte de l'ambassade, nous nous fîmes des adieux très émus.

Je n'ai pas encore parlé d'un jeune ami parisien dont

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