‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 256 sur 376 · GUSTAVE DORÉ. — DÉPART DE PARIS · texte numérisé non relu

GUSTAVE DORÉ. — DÉPART DE PARIS

je me séparai avec la même cordialité: c’est Gustave Doré. Ollivier me l’avait envoyé dès le début de mon séjour à Paris, car il voulait faire de moi un portrait fantastique pendant que je dirigeais 1 orchestre. Pour des raisons que j’ignore, ce projet ne se réalisa point, peut-être parce que je ne m’y prêtai pas volontiers. Cependant Doré me demeura attaché et il était de ceux qui, indignés de l’outrage qu’on m’avait infligé, tenaient à me témoigner leur amitié. En dehors des nombreuses illustrations que cet homme étonnamment productif exécutait alors, il voulait encore entreprendre celle des Niebelungen. Je souhaitais donc lui faire connaître ma conception de ce cycle mythologique; cela ne fut pas facile, mais comme il m’assura qu’il avait un ami possédant très bien la langue et la littérature allemande, je me permis d’offrir à Doré l’arrangement pour piano de l’Or du Rhin, qui venait de paraître. Le texte devait l’éclairer sur le caractère fondamental de mon sujet. C’était aussi une façon de reconnaître le cadeau qu’il m’avait fait d’un exemplaire illustré du Dante, son œuvre la plus récente.

Les impressions que j'emportais du bienfaisant refuge de mes amis prussiens étaient bonnes et aimables. Formant même l'unique bénéfice de mon pénible séjour à Paris, elles m'étaient d'autant plus chères. Je partis dans la première semaine d'août, passant par Cologne pour me rendre à Soden-les-Bains. J'y trouvai Minna en compagnie d'une certaine Mathilde Schiffner, amie qui semblait lui être devenue indispensable parce qu'elle pouvait la tyranniser à son gré. Je restai

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deux jours extrêmement désagréables à Soden : je les passai à faire comprendre à la pauvre femme qu'elle devait se retirer à Dresde, où moi, il m'était encore défendu de séjourner. De mon côté j'essayerais de trouver en Allemagne, à Vienne d'abord, une nouvelle base à mon activité.

Elle jeta à son amie un regard de singulière satisfaction lorsque je lui promis de lui assurer de toute façon mille thalers par an. Cette stipulation demeura la condition normale de mes rapports avec Minna pour 4e reste de sa vie. Elle m’accompagna jusqu'à Francfort où je pris congé d'elle pour me rendre à Weimar. Schopenhauer venait de mourir.

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