HOSPITALITÉ »> DE KOLATSCH EK
de le corrompre par un pourboire et il l'avait vraiment empoché, aussi fus- je d’autant plus indigné quand il me dénonça. Après m’avoir fait payer une forte amende, on m’autorisa à racheter mes cigares, ce que je refusai, furieux. Lorsqu’on me remit la quittance de mon amende, on me rendit en même temps le thaler de Prusse que le soldat avait accepté si tranquillement. L’instant d’après, de nouveau installé dans mon compartiment, je vis le douanier attablé devant une chope de bière et du fromage. Il me salua poliment : je voulus lui faire reprendre l’écu, mais, cette fois, il le refusa. J’ai toujours regretté de ne pas m’être informé du nom de cet homme ; je me disais que ce serait un serviteur fidèle et, plus tard, je l’aurais volontiers pris dans ma maison.
Passant par Salzbourg, où j’arrivai par une pluie battante et où je restai une nuit, je parvins le lendemain à Vienne, but provisoire de mon voyage. Je comptais profiter de l’hospitalité de Kolatschek avec lequel je m’étais lié en Suisse. Amnistié depuis longtemps, Kolatschek habitait Vienne et lors de mon dernier arrêt dans cette ville, il était venu me voir et m’avait offert de loger chez lui pour éviter le séjour désagréable de l’hôtel. La question d'économie, alors pour moi d’importance majeure, me poussa à accepter sa proposition. Tout de suite je me rendis donc avec mon petit bagage à l’adresse indiquée. Mais quelle ne fut pas ma surprise d’arriver au fond d’un faubourg très éloigné, sans aucun moyen facile de communication avec la ville et d'y entrer dans une maison abandonnée ! Kolatschek et sa famille passaient l'été à Hütteldorf. Je parvins à dénicher une vieille
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domestique que son maître avait à peu près avertie de ma visite. Elle me montra une chambrette dans laquelle je pourrais coucher si le cœur m'en disait, mais où l'on n'avait songé ni au linge ni au service. Fort déçu, je rentrai en ville et m'attablai dans un café de la place Stéphane, où, au dire de la vieille, Kolatschek venait d’ordinaire à cette heure-là. J'attendis longtemps en m’informant de lui à plusieurs reprises. A mon étonnement, c'est Standhartner que je vis paraître enfin. Lui aussi fut stupéfait de me trouver là et du hasard qui l'avait fait entrer dans ce café pour la première fois de sa vie. Il apprit ma situation et déclara qu'avec mes nombreuses occupations au centre de Vienne, il était impossible que j’allasse me fourrer à l'autre bout du monde. Il m'offrit sur-le-champ son propre logis où je pourrais m’installer provisoirement, lui et les siens partant pour six semaines. Une jolie nièce, qui demeurait dans la même maison avec sa mère et sa tante, s'occuperait de moi et veillerait à mes repas; moi, je pourrais profiter à mon gré de tout l’appartement. Il m'emmena donc chez lui ; sa famille était déjà à Salzbourg. On avertit Kolatschek ; on fit prendre mon bagage et, durant quelques jours, je jouis avec Standhartner de sa confortable hospitalité.
Mais, pendant ce temps, mon ami me mit au courant de toutes les difficultés qui entravaient mon projet de représentation. Les répétitions de Tristan et Isenlt qu'au printemps passé on avait projetées pour cette époque-ci (j'étais arrivé le 14 août à Vienne), avaient été remises à une date indéterminée parce que le ténor Ander était tombé malade de la gorge. Il me parut ainsi que mon