‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 264 sur 376 · LETTRE AU GRAND-DUC DE BADE · texte numérisé non relu

LETTRE AU GRAND-DUC DE BADE

séjour à Vienne n'avait plus sa raison d’être, mais où aller? quel but atteindre? Nul n’aurait su me le dire.

Je sentis clairement que ma position était désespérée ; il me semblait que tout le monde m’abandonnait. Quelques années auparavant, j’aurais pu espérer, dans des circonstances analogues, trouver un refuge auprès de Liszt. Aujourd’hui, c’était impossible, puisque je n’étais retourné en Allemagne que pour assister à l’apposition des scellés dans sa maison de Weimar. Il me [fallait donc absolument m’occuper à découvrir un gîte quelconque. Je m’adressai au grand-duc de Bade qui m’avait reçu si cordialement peu de temps auparavant. Dans une lettre expressive, je lui exposai ma détresse en l’assurant que je me contenterais du plus modeste asile ; je lui demandais de me l’accorder aux environs de Carlsruhe avec une pension de douze cents florins. Je fus bien étonné de recevoir une réponse que le grand-duc s’était contenté de signer, sans l’écrire de sa main : on m’y expliquait qu’en m’accordant ce que je demandais, on courrait le risque de me voir me mêler des affaires théâtrales de Carlsruhe, que mon vieil ami Edouard Devrient dirigeait parfaitement ; des difficultés surgiraient immanquablement, et le grand-duc se verrait obligé de jouer le rôle de justicier et de trancher peut-être des difficultés à mon désavantage ; après mûre réflexion, il croyait donc préférable de ne pas accéder à mon désir.

La princesse de Metternich qui, à mon départ de Paris, avait deviné mes soucis sous ce rapport aussi, m’avait parlé chaudement de la famille du comte Nako dont elle me vantait surtout la femme. Or, Standhartner

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