YV INTERBERGER CHEZ LA COMTESSE BAN FY
Je passai mon temps tant bien que mal, et j’eus l’idée de retraduire en allemand la nouvelle scène de Tannhâuser jouée en français à Paris. A cet effet, Cornélius dut me recopier la partition qui se trouvait en fort mauvais état . Je pris sa copie sans m’inquiéter de l'original. Nous apprendrons plus tard quelles furent les suites de cet oubli.
Le musicien Winterberger que j’avais connu autrefois se joignit à nous et j’enviai la situation heureuse dans laquelle il vivait. A Hietzing il était l’hôte de la très aimable comtesse Banfy, une vieille amie de Liszt, et il demeurait tranquillement et confortablement chez cette excellente femme qui considérait comme un devoir de ne laisser manquer de rien ce musicien sans mérite. Par lui, j’eus des nouvelles de Cari Ritter : j’appris que celui-ci végétait à Naples dans la famille d’un fabricant de pianos ; il donnait des leçons aux enfants en échange du logis et de la table. Après avoir dépensé tout son argent avec Ritter, Winterberger, muni de quelques recommandations de Liszt, avait été chercher fortune en Hongrie, mais n’ayant pas réussi à son gré, l’hospitalité de la bonne comtesse le dédommageait maintenant de son insuccès. Cette dame avait aussi chez elle une harpiste de premier ordre, Mlle Môssner. Cette dernière, sur l’ordre de la comtesse, s’installa un jour au jardin avec son instrument, et la bravoure avec laquelle elle joua me produisit une impression agréable et durable. Malheureusement cette jeune dame se mit dans la tête que je devais lui composer un solo pour harpe, et comme je me défendais de satisfaire son ambition, elle ne daigna plus me regarder.
FRÉDÉRIC HEBBEL
Parmi les hommes intéressants avec lesquels j’entrai en rapports à Vienne durant cette époque si pénible pour moi, je citerai le poète Hebbel. Me figurant que la capitale autrichienne deviendrait pour un temps assez long le centre de mon activité, je jugeai raisonnable de me lier avec les notabilités littéraires. Pour me préparer à faire la connaissance de Hebbel, je voulus tout d’abord faire celle de ses œuvres dramatiques. Je les étudiai consciencieusement avec le désir de les trouver bonnes et de me familiariser ainsi avec l’auteur. J’exécutai mon projet malgré le déplaisir que m’inspira la grande faiblesse de ses compositions, le manque de naturel de leur conception ainsi que leurs expressions vulgaires, quoique recherchées. Je n’ai été voir Hebbel qu’une fois et j’ai à peine causé avec lui. Je ne trouvai nullement dans la personnalité du poète la force brutale qui semble prête à éclater dans la plupart de ses personnages. Je n’ai compris ce qui m’avait si étrangement déplu en Hebbel que plusieurs années plus tard, en apprenant qu’il était mort d’un ramollissement des os. Il me parla du théâtre viennois du ton négligent de l’amateur qui n’oublie pas la question des affaires. Je n’eus guère envie de répéter cette visite, surtout après que, m’ayant rendu la mienne sans me rencontrer, il m’eut laissé sa carte où se lisait : « Hebbel, chevalier des plusieurs ordres. »
A Vienne, je retrouvai aussi mon vieil ami Henri Laube. Depuis plusieurs années déjà, il était directeur du Théâtre impérial et royal du Hofburg. Lors de mon dernier séjour, il avait cru de son devoir de mejprésenter