LES PERSONNALITÉS DE L’INTENDANCE
bons mots, car ce qui leur paraissait sérieux ne m’intéressait pas du tout. Elle en vint ainsi à me considérer comme un génial étourdi, si bien que plus tard, ayant assisté à mes concerts, elle me déclara avec une joyeuse surprise que je ne dirigeais pas mal du tout ; elle ne s y attendait aucunement, après ce que les journaux avaient dit de moi.
Les renseignements pratiques que me donna Laube sur le caractère des membres influents de l’intendance des théâtres impériaux me furent très utiles. 11 en résultait qu’un certain conseiller de cour, M. de Raymond, était un personnage important : le vieux comte Lanckoronski, premier maréchal de la cour, bien que d’ordinaire très jaloux de son autorité personnelle, ne se risquait jamais à prendre une décision dans les questions financières sans avoir consulté ce Raymond, réputé fort expert en ces matières. Celui-ci, vrai modèle d’ignorance, avait fini par subir l’influence de la presse viennoise qui ne cessait de me déprécier. Dès qu’il sut que j’avais l’intention de faire représenter Tristan à Vienne, il chercha a me dresser des embûches. Officiellement, je n avais de rapports directs qu’avec le véritable chef de l’Opéra, M. Salvi, ancien maître à chanter d’une dame d’honneurde l’archiduchesse Sophie. D’une nullité absolue, Salvi avait le mot d’ordre de me montrer un vif désir de faire aboutir la représentation de Tristan . Par ses démonstrations de zèle et d’amabilité, il tâchait donc de me dissimuler l’état d’esprit de plus en plus inquiétant du personnel.
Je compris ce qu’il en était sous ce rapport un jour que