CURE D’HYDROTHÉRAPIE
Tout de suite après notre séparation, j’avais écrit comme préface à une nouvelle édition de mes trois poèmes du Fliegender Hollaender , de Tannhâuser et de Lohengrin une Communication à mes amis qui enchanta Uhlig. Il s’égaya fort lorsque je lui appris que Haertel, qui s était chargé d’éditer le volume en me payant dix louis d honoraires, se choquait beaucoup de certains passages de cette préface où je blessais ses sentiments conservateurs et son orthodoxie. Il protestait même avec tant d’énergie que je fus sur le point de remettre la publication à une autre maison. Finalement, je penchai vers la conciliation et calmai la conscience timorée de Haertel par quelques légères modifications.
Je considérai cette ample préface qui m’avait occupé pendant tout le mois d’août comme le point final de mon activité littéraire. Mais toutes les fois que je songeais à me remettre à la composition du Jeune Siegfried, promise à Weimar, j’étais repris de doutes inquiétants et même de dégoût pour ce travail. Ignorant la cause de ce mécontentement intime, j’eus l’idée de la chercher dans mon état de santé et me décidai un jour à mettre sérieusement en pratique les théories hydrothérapiques que j’avais accueillies avec tant d’enthousiasme. Je m’informai où se trouvait l’établissement convenable le plus proche. Vers la mi-septembre, j’annonçai à ma femme que j’allais me retirer à Albisbrunn, situé à trois heures de Zurich, pour ne revenir que radicalement guéri. Minna fut très effrayée de ma résolution et se figura que c’était un nouveau prétexte pour l’abandonner. Mais je la priai de profiter de mon absence pour s’installer dans l’appar-