LA COMTESSE DE POU RT A LÈS ENTEND MON POÈME
donck au courant de ma situation et de mes soucis, mais seulement dans la mesure qui convient entre amis affectueux. Elle m'envoya alors un petit presse-papier en bronze qu’elle avait acheté pour moi à Venise. C’était un lion de Saint-Marc, la patte posée sur la Bible : ce lion, je devais le prendre comme symbole.
La comtesse de Pourtalès m’autorisa à aller la voir avant mon départ de Paris. Malgré son deuil et son chagrin, elle tenait à m’exprimer sa sympathie. Lui ayant parlé de ce qui m’occupait, elle s’informa de mon poème. Je lui exprimai mon regret de ce qu’elle ne pouvait être disposée à goûter le caractère joyeux de mes Maîtres chanteurs ; mais elle m’affirma amicalement qu’elle serait pourtant heureuse de les connaître, et m invita à venir les lui lire le soir même. La comtesse de Pourtalès est donc la première personne qui entendit mon poème achevé et l’impression qu’il nous produisit fut assez forte pour nous faire éclater de rire tous les deux à plusieurs reprises.
Le soir de mon départ, le Ier février, je réunis mes amis Gaspérini, Czermak et les deux Truinet à un dernier dîner dans mon hôtel. Ce fut très gai : je communiquai ma bonne humeur à tous mes hôtes, bien qu’aucun r.e connût au juste le sujet du poème dont j’attendais tant de choses à sa future représentation en Allemagne.
Toujours préoccupé de bien choisir mon lieu de refuge, je poussai d’abord jusqu’à Carlsruhe. Le couple grandducal me reçut encore fort amicalement et s’informa de mes plans d’avenir. On ne fit cependant pas mine de comprendre que j’eusse l’intention de me fixer a Carlsruhe.