‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 282 sur 376 · LECTURE DES « MAÎTRES CHANTEURS » A MAYENCE · texte numérisé non relu

LECTURE DES « MAÎTRES CHANTEURS » A MAYENCE

Je fus frappé de l’inquiétude que manifesta le grand-duc sur mes moyens d’existence et sur ce que me coûtaient mes nombreux voyages. Je pris une mine sereine pour le calmer en lui disant que mon contrat avec Schott m’assurait les subsides qui m’étaient nécessaires jusqu’à l’achèvement de mes Maîtres chanteurs. Il parut consolé. Plus tard, Alwine Frommann m’a raconté que le grandduc s’était plaint de la façon cassante dont je lui avais répondu, lorsque, en ami, il m’avait offert sa bourse. J ’avoue ne m’être pas aperçu de cette offre ; dans notre entretien, il n’a été question que de mon retour prochain à Carlsruhe pour l’étude et la direction d’un de mes opéras, peut-être Lohengrin.

Je continuai donc mon voyage jusqu’à Mayence, où j’arrivai le 4 février, au milieu d’une grande inondation. Par suite de la fonte prématurée des neiges, le Rhin avait grossi de façon extraordinaire et ce n’est point sans danger que je parvins à atteindre l’habitation des Schott. Je n’en avais pas moins, pour le 5 au soir, annoncé une lecture des Maîtres chanteurs , pour laquelle Cornélius devait venir de Vienne. De Paris encore, je lui avais envoyé cent francs pour les frais de ce voyage. N’ayant pas reçu sa réponse, et apprenant que de toutes parts les communications étaient coupées par les fleuves débordés, je ne comptais plus sur lui. Cependant, j’attendis jusqu’au dernier moment pour commencer ma lecture et en vérité, au coup de sept heures, Cornélius parut. Après les plus terribles mésaventures (il avait même perdu son pardessus), il était arrivé à demi gelé chez sa sœur, quelques heures auparavant. A Mayence,

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