‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 302 sur 376 · COSIMA A LA ROULETTE · texte numérisé non relu

COSIMA A LA ROULETTE

de tantièmes pour un de mes opéras ; ne sachant que faire d’une si petite somme et me trouvant d’autre part dans une situation pécuniaire de plus en plus alarmante, j'invitai Cosima à prendre la moitié de cet argent et à la risquer sur le tapis vert pour notre chance commune. Or, je constatai avec stupéfaction qu’elle n’avait pas la moindre idée de la marche du jeu et qu’elle lançait ses pièces d’or au petit bonheur sur la table, sans se soucier si elles tombaient sur un numéro ou une couleur, si bien qu’elles disparaissaient régulièrement sous le râteau du croupier. La peur me prit, et je me hâtai d’aller à une autre table corriger la mauvaise fortune de Cosima. La chance me fut si favorable que je rattrapai rapidement les dix louis perdus par mon amie et mon heureuse fortune nous fit rire cordialement.

Une représentation de Lohengrin à laquelle nous assistâmes ensemble nous procura moins de plaisir. Le premier acte était satisfaisant et nous avait bien disposés, mais le reste de l’opéra fut tellement dénaturé qu’il n’était plus reconnaissable. Je quittai le théâtre, furieux, et sans attendre la fin de la pièce, tandis que Hans, obéissant a Cosima, qui voulait sauver les apparences, demeura avec elle jusqu’au bout, étouffant son indignation et souffrant le martyre.

Les Metternich étant arrivés à leur château de Johannisberg, j annonçai ma visite au prince. Toujours préoccupé de trouver un domicile paisible où je pusse achever mes Maîtres Chanteurs , j’eus l’idée que ce château, d’ordinaire inoccupé, pourrait me convenir. Les Bülow m’accompagnèrent à la gare. J’eus lieu de me féliciter de

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