‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 310 sur 376 · A EISENACH. — VISITE AU W A R T B O U R G · texte numérisé non relu

A EISENACH. — VISITE AU W A R T B O U R G

était morte en couches à Saint-Tropez. Alors, le froid étant revenu subitement, je me calfeutrai dans mon logis de Biberich et, malgré mon pouce encore fort endolori, je réussis à instrumenter pour les prochains concerts quelques parties achevées des Maîtres Chanteurs . J'en envoyai tout de suite l'ouverture à Weisheimer; il la fit copier à Leipzig tandis que je transcrivais pour orchestre la Réunion des Maîtres Chanteurs et le Discours de Pogner.

Les choses étant suffisamment avancées, je partis à la fin d’octobre pour Leipzig. Grâce à un singulier contretemps, j'eus l'occasion de m'arrêter au Wartbourg pendant le trajet. A Eisenach,où il y avait quelques minutes d'arrêt, j'étais descendu du train; quand je voulus y remonter, le convoi était déjà en marche. Involontairement, je me mis à galoper après mon wagon en criant au conducteur d'arrêter; ce qu'il ne fit pas, bien entendu. Mais ma déconvenue provoqua les grands éclats de rire de la foule de badauds qui encombraient le quai et qui avaient été attirés par le départ d'un prince. Je leur demandai : « Ce qui m'arrive vous fait plaisir, paraît-il? — Oui, cela nous fait plaisir », crièrent-ils. Depuis cet incident, je tiens pour un axiome que le malheur de l'un fait le bonheur de l'autre, quand « l'autre » est un public allemand.

Comme le train suivant ne passait que cinq heures plus tard, je prévins par dépêche mon beau-frère Hermann Brockhaus qui m'avait offert son hospitalité, puis je suivis un individu qui se disait guide et qui m'emmena visiter le Wartbourg. J 'y vis les restaurations entreprises

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