‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 311 sur 376 · ARRIVÉE CHEZ HERMANN BROCKHAUS · texte numérisé non relu

ARRIVÉE CHEZ HERMANN BROCKHAUS

sur l’ordre du grand-duc, entre autres la salle avec les peintures de Schwind, mais le tout me laissa très froid. J’entrai dans le restaurant de ce lieu de plaisance d’Eisenach et j’y rencontrai plusieurs citoyennes en train de tricoter. Dans la suite, le grand-duc m’a assuré que Tannhâuser jouissait en Thuringe d’une grande popularité et que le moindre petit paysan en connaissait les mélodies. Pourtant ni l’aubergiste ni mon guide n’en firent semblant alors. J’inscrivis mon nom en toutes lettres dans le livre des étrangers et racontai de quelle façon affable on m’avait reçu à la gare. Je ne sache pas qu’on ait jamais pris note de mes remarques. A Leipzig, Hermann Brockhaus, assez vieilli et grossi, m’accueillit très gaiement. Il m’emmena chez lui où Ottilie et ses enfants me témoignèrent une grande amitié. Nous avions bien des choses à nous raconter et la bonne humeur avec laquelle mon beau-frère prenait part à ces entretiens les faisait durer parfois jusque vers le matin. Mes rapports avec le jeune Weisheimer, compositeur totalement inconnu, leur inspirèrent quelque méfiance.

C’est qu’en effet le programme de son concert n’était composé dans sa grande partie que de ses propres œuvres et parmi celles-ci un poème symphonique, le Chevalier de Toggenbourg, qu’il venait d’achever. Sans doute, je me serais opposé à ce que le programme fût exécuté, si j’avais assisté aux répétitions avec l’impartialité d’esprit nécessaire. Mais les heures que j’ai passées dans la salle de concert sont demeurées pour moi un des meilleurs et des plus doux souvenirs de ma vie et cela à cause du retour des Bülow ; Hans avait tenu à consacrer à mes côtés

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