‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 313 sur 376 · LE CONCERT DE LEIPZIG · texte numérisé non relu

LE CONCERT DE LEIPZIG

L'arrivée d'Alexandre Ritter et de ma nièce Francisca ajouta à notre joyeuse humeur. Les compositions monstrueuses de Weisheimer faisaient passer cette dernière par des alternatives de stupéfaction et de gaieté. Ritter se moqua spécialement d'une mélodie mélancolique et incompréhensible des basses dans le Chevalier de Tog genbourg, et comme il connaissait déjà le poème de mes Maîtres Chanteurs , il déclara que ce motif méritait d'être surnommé l'air du « goulu solitaire ».

Peut-être eussions-nous pourtant fini par perdre courage si nous n’avions été ranimés dans un sens fort élevé par la bonne exécution de l’ouverture des Maîtres Chanteurs, et par l’admirable jeu de Bülow exécutant au piano la nouvelle composition de Liszt. Mais le concert nous montra ce que l'entreprise avait d’aventureux et combien nous nous étions abusés en conservant notre insouciance. Au grand effroi de Weisheimer, le public de Leipzig s'abstint absolument de venir, obéissant, à ce qu'il semble, à un mot d’ordre des organisateurs des concerts d’abonnement. Jamais encore je n'avais vu un tel vide en pareille circonstance. En dehors des membres de ma famille, parmi lesquels ma sœur Ottilie se faisait remarquer par une capote extravagante, il n'y avait que quelques étrangers venus du dehors pour le concert. Parmi ceux-ci, en première ligne, mes amis weimariens : le maître de chapelle Lassen, le conseiller d’État Franz Muller, ainsi que Richard Pohl et le conseiller Gille qui m'étaient toujours fidèles. Je remarquai avec une surprise inquiète le vieux conseiller de cour Küstner, ancien intendant du Théâtre royal de Berlin, et je dus répondre

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