‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 314 sur 376 · L’ORCHESTRE S’ENTHOUSIASME POUR MOI · texte numérisé non relu

L’ORCHESTRE S’ENTHOUSIASME POUR MOI

avec une mine sereine à son salut et à ses remarques étonnées sur le vide incompréhensible de la salle. En fait de gens de Leipzig, je ne vis que les amis spéciaux de ma famille qui, en temps habituel, n'assistaient jamais à un concert ; ainsi Lothar Muller, fils de ma vieille connaissance le docteur Moritz Muller et qui m’était fort dévoué. Au milieu de la salle, il n'y avait guère que la fiancée de Weisheimer et sa mère ; à quelques rangées de là, je m'assis moi-même à côté de Cosima pendant le concert, mais nos rires continuels scandalisèrent mes proches qui nous observaient de loin. Étant de fort mauvaise humeur, ils ne comprenaient rien à notre gaieté.

L'ouverture des Maîtres Chanteurs produisit un effet si favorable sur les quelques auditeurs qui composaient le public que nous dûmes la répéter, à la grande satisfaction de l'orchestre. Les musiciens avaient enfin perdu la méfiance qu'on leur avait inspirée artificiellement et la glace était rompue entre nous : lorsque le concert s'acheva par l'ouverture de Tristan et que je m'avançai pour saluer le public, ils sonnèrent une fanfare en mon honneur. Ma sœur Ottilie en fut tout enthousiasmée ; elle prétendit que cet hommage n'avait encore été rendu qu'à Jenny Lindt.

Dès ce moment, l'ami Weisheimer, qui avait poussé la patience de chacun à ses extrêmes limites, se sentit un peu mal à l'aise vis-à-vis de moi. Il se figura que son concert eût donné un meilleur résultat si mes brillantes œuvres orchestrales n'avaient pas été au programme et s'il s'était contenté d'offrir, à des entrées plus modestes, ses propres compositions au public. Quoi qu’il en soit,

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