LECTURE DES « MAÎTRES CHANTEURS
Weisheimer, ou plutôt son père, violemment déçu, dut supporter les frais de l'entreprise et par-dessus le marché l’humiliation bien superflue de ne pouvoir me faire parvenir aucun bénéfice.
Cet insuccès n'empêcha pas mon beau-frère de donner chez lui les fêtes qu’il avait arrangées d'avance pour célébrer mon triomphe. Les Bülow aussi prirent part à un banquet. Il y eut une soirée pendant laquelle je fis la lecture de mes Maîtres Chanteurs à un nombreux public de professeurs. C'est alors que je renouvelai connaissance avec le professeur Weiss, qui m’avait tant intéressé dans ma jeunesse, lorsqu'il fréquentait mon oncle. Il m'exprima son étonnement et son admiration sur mon talent de lecteur.
Les Bülow étaient malheureusement retournés bientôt après à Berlin. Nous nous étions rencontrés une dernière fois dans la rue par un froid piquant et dans des circonstances assez moroses pour eux, car ils étaient en train de faire une tournée de visites de politesse. Pendant ce court adieu, nous avions plus ressenti l'oppression qui pesait sur nous que la bonne humeur des derniers jours. Mes amis savaient dans quel triste et complet abandon je me trouvais. J’avais été assez crédule pour escompter les bénéfices du concert de Leipzig et me figurer que je recevrais là de quoi subvenir au plus pressé. Mon embarras était extrême, surtout de ne pouvoir régler le loyer à mon propriétaire de Biberich. Je désirais faire mon possible pour m’assurer cet asile un an encore et l’homme auquel j'avais affaire était si soupçonneux que je ne pensais pouvoir gagner sa faveur qu’en lui payant un terme d'avance.