‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 316 sur 376 · SECOURS DU GRAND-DUC DE WEIMAR · texte numérisé non relu

SECOURS DU GRAND-DUC DE WEIMAR

Le trimestre de la rente de Minna était échu aussi. On comprend donc que le secours du grand-duc de Weimar m'arrivant juste à ce moment par l'entremise du conseiller Muller me parut tomber du ciel. Ne pouvant plus compter sur Schott, je m'étais adressé à mon vieil ami Muller, et, dans ma pénurie, je l'avais prié d'exposer ma situation au grand-duc afin de le déterminer peut-être à m'octroyer une sorte d'avance sur mes futurs opéras. C'est ainsi que, très inopinément, je reçus la somme de cinq cents thalers. Plus tard seulement, je me suis expliqué la bienveillante conduite du grand-duc : il désirait à tout prix rappeler à Weimar son ami Liszt et il avait espéré avec raison l'influencer favorablement en se montrant généreux envers moi.

Il me fut donc possible de me rendre pour quelques jours à Dresde tant pour apporter des subsides à ma femme que pour lui témoigner l’estime qui devait la réconforter dans la position difficile où elle était. Minna vint me prendre à la gare et me conduisit dans l’appartement qu’elle venait d’installer rue Sainte- Valpurge, une rue qui n'existait pas encore à mon départ de Dresde. En arrangeant ce logis avec son habileté coutumière, Minna avait certainement été guidée par le souhait de me voir m'y plaire. Sur le seuil, un petit tapis m'accueillit par le mot « Salve » qu'elle y avait brodé. Je reconnus immédiatement les rideaux de soie rouge et les meubles de notre salon parisien ; une vaste chambre à coucher ainsi qu'un cabinet de travail très confortable m'étaient réservés personnellement avec le salon ; ma femme s'était contentée d'une petite chambre à alcôve, sur la cour. Dans

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