RETOUR A BIBERICH
croire et il me rendit attentif à une lettre que j'avais écrite alors et qu’on avait trouvée dans la poche de Rœckel. Je l'avais oubliée et laissai volontiers entendre que je considérais l'amnistie qu'on m'avait accordée comme un pardon de mes imprudences. Nous nous séparâmes avec les plus riantes démonstrations d’amitié.
Je donnai encore une soirée dans le salon de Minna et je lus mes Maîtres Chanteurs , qu'on ne connaissait pas à Dresde. Puis ayant pourvu ma femme d’argent pour longtemps, je lui dis adieu à la gare où elle m’accompagna. Elle paraissait souffrir du mauvais pressentiment de ne plus me revoir.
A Leipzig, je descendis dans un hôtel où je revis Alexandre Ritter ; nous passâmes ensemble une bonne soirée, égayée par du punch. Si je m'étais arrêté à Leipzig, c'est qu'on m'avait certifié qu'en donnant un concert à moi seul, j'aurais du succès. Dans mon besoin d’argent, j'avais songé d’abord à suivre ce conseil, mais je reconnus bientôt que les risques étaient trop grands et je rentrai tout droit à Biberich pour mettre en ordre mes affaires de logement. A mon grand dépit, je trouvai mon propriétaire un peu plus bougon encore ; il paraissait ne pas pouvoir oublier que j'avais critiqué sa façon de traiter son chien, ni que j'avais pris parti contre lui à propos de l'amourette de ma domestique avec un tailleur. Malgré mon argent et mes promesses, il demeura désagréable et prétendit que sa santé l'obligeait à garder mon logis pour lui-même le printemps suivant. En le payant d'avance, je le contraignis du moins à me laisser en paix jusqu’à Pâques et je me lançai de plus belle à la recherche