FRÉDÉRIC U H L. — M. MORITZ
Je revis aussi Frédéric Uhl, que je connaissais d’autrefois et qui maintenant, avec la collaboration de Jules Frcebel et sous les auspices de Schmerling, rédigeait un journal politique, le Messager. Il mit sa feuille à ma disposition et publia dans son feuilleton le premier acte du poème des Maîtres Chanteurs. Mes amis observèrent que Hanslik devenait de plus en plus venimeux.
Moi et mes compagnons, nous étions ainsi absorbés par les préparatifs du concert, quand, un beau soir, nous vîmes arriver de Paris un personnage ridicule. C'était un M. Moritz, dont Bülow m'avait déjà parlé en se moquant. Il prétendait avoir des commissions de Bülow pour moi, et sa tenue fut si maladroite et si indiscrète que, poussé par Tausig que son sans-gêne horripilait, je mis cet individu à la porte. Alors celui-ci fit part à Cosima du traitement que je lui avais infligé, mais en m'accusant d’avoir été offensant envers Bülow, si bien qu’elle s'indigna de ma conduite vis-à-vis de mes meilleurs amis et m'écrivit une lettre à ce sujet. Je fus si étonné et si abattu du contenu de cette missive que, sans mot dire, je la tendis à Tausig. Que faire pour remettre les choses au point? Tausig se chargea immédiatement d'élucider le malentendu et de montrer à Cosima l’incident sous son vrai jour. Et peu de temps après, j’avais la joie d'apprendre le bon résultat de ses efforts.
Sur ces entrefaites, nous étions arrivés aux répétitions de mes concerts. L'Opéra de la cour me fournissait les chanteurs qui devaient exécuter les fragments de Y Or du Rhin , de la Walkyrie , Y Air du forgeron dans Siegfried et la Harangue de Pogner dans les Maîtres Chanteurs.