‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 325 sur 376 · OFFRES DE PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

OFFRES DE PÉTERSBOURG

J’en ai conservé le souvenir, parce que, pour la première fois, j’observai chez Cornélius une humeur extraordinairement excentrique. Mais, tandis que nous nous laissions aller à notre joyeux sans-gêne, Mme Kalergis usait de toute sa persuasion féminine pour intéresser sérieusement Bulwer à ma personne. Elle réussit, et l’attaché mit pour neuf mois son appartement à ma disposition. Toutefois, en y réfléchissant, je ne vis pas bien l’avantage que je pouvais en tirer, car, à Vienne, je n’avais aucun moyen de subsister. Tous mes projets furent modifiés par l’invitation que je reçus de Saint-Pétersbourg. Moyennant deux mille roubles d’argent d’honoraires, je devais, au mois de mars, y diriger deux concerts de la Société philharmonique. Mme Kalergis avait, de ce côté-ci encore, intrigué pour moi. Elle me conseilla vivement d’accepter, car elle pensait que je pourrais augmenter mes recettes par un grand concert donné à mes risques et qui serait certainement d’un gros rapport.

Je n’aurais pas agréé cette demande si j’avais été sûr que Tristan fût représenté à Vienne dans les mois prochains. Mais un nouveau mal de gorge du ténor Ander ayant encore arrêté les répétitions, j’avais perdu toute confiance dans les promesses qui m’avaient attiré à Vienne. Cette confiance avait, du reste, été gravement entamée lors de ma première visite au ministre Schmerling. Celui-ci parut fort étonné quand je m’autorisai auprès de lui de la recommandation de Metternich : le prince, m’assura-t-il, ne lui avait pas dit un mot de moi. Toutefois, il me déclara avec amabilité que cette recommandation n’était pas nécessaire et qu’un homme tel que

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