MON CONCERT A PRAGUE (FÉVRIER
moi s'affirmait par ses propres mérites. Mais lorsque je parlai de la pensée qu'avait eue Metternich d’obtenir que l’Empereur me fît une situation à Vienne, le ministre se hâta de me déclarer qu’il manquait absolument de l’influence nécessaire pour décider l’Empereur à quoique ce fût. Cet aveu de M. de Schmerling me fut fort utile en ce qu’il m'éclaira sur la conduite de Metternich. Je me rendis compte que ce dernier avait jugé plus prudent d’agir sur le premier chambellan pour qu’on reprît sérieusement Tristan plutôt que de perdre son temps auprès du ministre.
Or, cette représentation ayant l'air de ne pas vouloir venir, j'acceptai l’offre de Saint-Pétersbourg et cherchai à me fournir les fonds indispensables au voyage. En cela, Henri Porges devait m’aider et organiser un concert que je dirigerais à Prague. Au commencement de février, je partis donc pour cette ville et j’eus lieu de me réjouir de la façon dont j’y fus reçu. Ce jeune Porges, adepte enflammé de Liszt et de moi, me plut par sa personne et par son zèle. Le concert eut lieu dans la salle de la « Sophieninsel » ; on y exécuta une symphonie de Beethoven et des fragments de mes dernières œuvres. Les recettes en furent très favorables, car le lendemain, ayant réservé une certaine somme pour faire face à quelques petites dépenses ultérieures, Porges put me remettre mille florins. Je m'écriai alors en riant que c’était là le premier argent que j’eusse gagné par mon propre travail ! De plus, je fis à Prague la connaissance de quelques jeunes gens très aimables et instruits du parti allemand et du parti tchèque, entre autres du professeur