‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 334 sur 376 · MES CONCERTS A PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

MES CONCERTS A PÉTERSBOURG

avantageux de me conduire aussi dans le monde des marchands pétersbourgeois. J’assistai donc à une audition donnée dans la salle de la Société commerciale. Dans l’escalier déjà, je fus reçu par un Russe fortement aviné qui se présenta comme maître de chapelle.

Il avait sous ses ordres quelques musiciens choisis de l’orchestre impérial et leur fit exécuter l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini ainsi que celle d ’Obéron, de Weber. Les grosses caisses avaient été remplacées par un petit tambour militaire, ce qui produisit un bien drôle d’effet dans le plus beau passage de l’ouverture d ’Obêron.

Si, pour mes propres concerts, j’étais bien pourvu sous le rapport de l’orchestre, les chanteurs, par contre, me donnèrent beaucoup de mal. Le soprano de Mlle Bianchi était assez bon ; mais pour la partie de ténor, je dus me contenter d’un M. Sétoff qui avait plus d’aplomb que de voix. Il rendit cependant possible l’audition des Airs du forgeron , de Siegfried, en donnant l’illusion du chant par sa présence sur la scène ; en réalité, l’orchestre seul dut se charger de produire tout l’effet. Après les deux concerts de la Société philharmonique, je m’occupai du mien, qui eut lieu dans la salle de l’Opéra impérial. Pour me seconder dans son organisation, on m’adjoignit un musicien retraité qui, en compagnie de Séroff, passa de longues heures dans ma chambre. Quoique celle-ci fût bien chauffée, il ne consentit jamais à enlever sa fourrure, et comme son incapacité nous causait mille ennuis, nous tombâmes d’accord qu’il représentait « l’âne vêtu de la peau du lion ». Mon concert réussit au delà de toute attente et je crois n’avoir jamais été accueilli par le public avec

Page 1