CARL ECKERT . — LE BARON DE GALL
à mon concert de Carlsruhe l’année précédente. Du reste, je ne voulais de lui que son aide pour trouver le tranquille asile où je désirais me retirer pendant l’été à venir et je pensais que je découvrirais peut-être quelque chose à Cannstadt, près de Stuttgart. Là, j’achèverais aussi vite que possible le premier acte des Maîtres Chanteurs afin d’envoyer à Schott une partie du manuscrit que je lui avais annoncé comme étant bientôt terminé lorsque je lui avais demandé une avance. Dans la retraite et la solitude, je verrais ensuite à me libérer de mes dettes viennoises.
Eckert me reçut en véritable ami. Sa femme, une beauté réputée de Vienne, qui avait sacrifié une situation sociale avantageuse à la fantaisie d’épouser un artiste, était demeurée suffisamment riche pour créer au « maître de chapelle » un intérieur confortable et hospitalier. Je me sentis fort à l’aise chez eux. Eckert crut de son devoir de m’emmener chez le baron de Gall, intendant du Théâtre de la cour. Celui-ci me parla avec infiniment de bienveillance et de jugement de la situation difficile que je m’étais faite en Allemagne : toutes les portes de mon pays me resteraient fermées aussi longtemps que les ambassadeurs de Saxe et leurs agents disséminés un peu partout chercheraient à me nuire en répandant sur mon compte les plus diverses calomnies. Lui, me connaissant mieux à présent, se sentait poussé à prendre mon parti auprès de la cour de Wurtemberg.
Le soir du 3 mai, à une heure assez avancée, nous étions en train de nous entretenir de ces questions chez Eckert lorsqu’on m’apporta la carte d’un monsieur, se disant « secrétaire du roi de Bavière ». Très désagréable