‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 42 sur 376 · LE LAC MAJEUR- — LUGANO · texte numérisé non relu

LE LAC MAJEUR- — LUGANO

d'un repas à Y « italiana » qui me fut servi d'une façon naïve et confortable.

Trop fatigué pour continuer ma marche et désireux de voir bientôt les bords du lac Majeur, je commandai une voiture qui devait me transporter avant la nuit à Baveno. Je me sentais si heureux de rouler seul dans mon cabriolet que je me rendis coupable d’un manque d'égards envers un officier italien auquel je refusai carrément la permission de m'accompagner, comme le vetturino était venu me le demander de sa part. Dans les beaux villages que je traversai, j'étais aussi ravi de l'élégante ornementation des maisons que de la physionomie agréable des gens. Une jeune mère qui se promenait, avec son enfant sur le bras, tout en chantonnant et en tournant son fuseau, est demeurée inoubliable dans ma mémoire.

Peu après le coucher du soleil j'aperçus les îles Borromées émergeant gracieusement des flots du lac et dans la joie de ce qu'allait m'apporter le lendemain, je ne pus m'endormir. Le jour suivant, la visite aux îles m'enchanta au point que mon ravissement m'inquiéta : je me demandais comment tout cela était possible et ce que je 'devais en faire. La sensation de me trouver dans un heu auquel je n'appartenais pas, m'en chassa cependant au bout d'un jour. Je remontai le lac Majeur jusqu’à Locarno et, passant par Bellinzona, je me dirigeai sur territoire helvétique vers Lugano où, suivant mon plan primitif, je devais m'arrêter assez longtemps. Mais la chaleur y devint bientôt insupportable ; même les bains du lac surchauffé ne m'apportaient plus aucun rafraîchissement. J'étais, il est vrai, logé fort somptueusement dans une sorte de

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