‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 43 sur 376 · ARRIVÉE DE MES AMIS ZURICHOIS · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE MES AMIS ZURICHOIS

palais qui, en hiver, abritait le gouvernement tessinois et en été servait d'hôtel. J'aurais pu être content si je n’avais examiné de trop près le mobilier malpropre dans lequel figurait aussi le fameux « pensoir >. des Nuées d'Aristophane.

Je ne tardai pas à retomber dans l'état de santé dont j'avais souffert si longtemps et dans lequel mes nerfs surexcités ne me permettaient aucun repos, état où je retombais dès que je prenais la résolution de m'adonner à une agréable paresse. J’avais emporté de la lecture; Byron, entre autres, devait servir à me distraire. Mais je me contraignis pour y trouver quelque plaisir et, plus j'avançais dans la lecture de Don Juan , plus cela me devenait difficile. Au bout de quelques jours, j'étais de nouveau à me demander ce que je faisais à Lugano, quand tout à coup Herwegh m'annonça son arrivée avec plusieurs amis. Un instinct bizarre me poussa alors à télégraphier à ma femme de me rejoindre aussitôt. Elle obéit à mon appel avec une célérité surprenante et débarqua de la diligence du Gothard à une heure avancée de la soirée. Elle était si fatiguée qu’elle s’endormit immédiatement sur le « pensoir >; sans se laisser troubler par un orage, le plus violent que j’aie vu de ma vie. Le lendemain, mes amis de Zurich apparaissaient aussi.

Le principal compagnon de Herwegh était le docteur François Wille que j'avais déjà souvent vu chez lui. Wil le se distinguait par un visage couvert de balafres provenant de ses duels d’étudiant et par ses boutades spirituelles et pittoresques. Établi depuis peu à Meilen, sur le lac de Zurich, il m’avait souvent engagé à aller

Page 1