‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 48 sur 376 · BONNE IMPRESSION SUR MES AMIS · texte numérisé non relu

BONNE IMPRESSION SUR MES AMIS

pour Tannhâuser, je résolus d’utiliser une partie de cet argent à faire imprimer mon poème à quelques exemplaires, pour mon usage particulier. Je n’en voulais que cinquante dans une belle impression. Cette occupation me mettait de fort bonne humeur, mais l’impression n’était pas achevée que j’eus à surmonter un grand chagrin.

Il est certain qu autour de moi je recevais des preuves de l’intérêt qu’inspirait mon grand poème, bien que la plupart de mes connaissances fussent tentées de le traiter de chimère ou même d’œuvre présomptueuse. Herwegh seul me témoignait une compréhension véritablement chaleureuse ; nous en parlions souvent ensemble et je lui lisais d’ordinaire les parties achevées. Sulzer, lui, était mécontent du remaniement de la Mort de Siegfried : à son avis, et bien qu’il convînt de l’utilité de certains changements, le drame tel quel était bon et caractéristique. C’est pourquoi il me pria de lui faire cadeau du manuscrit renfermant la version primitive et qui aurait pu se perdre.

Afin de me rendre compte de l’effet que produirait le poème entier, je me décidai, au milieu de décembre, peu de temps après l’avoir achevé, à passer quelques jours dans la propriété de la famille Wille pour en faire la lecture à notre petit cercle habituel. Outre Herwegh qui m’accompagnait, il s’y trouva Mme Wille et sa sœur, Mme de Bissing. Dans mes fréquentes visites à Mariafeld où j’arrivais à pied en deux heures, j’avais gagné l’amitié de ces deux femmes, qui formaient un public enthousiaste lorsque je leur jouais du piano à ma manière.

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