‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 60 sur 376 · RETOUR A ZURICH (AOÛT · texte numérisé non relu

RETOUR A ZURICH (AOÛT

qu'on les bût on qu'on s'y baignât. Sur moi, elles eurent le même effet que toutes les eaux médicinales : mon tempérament agité en retira plus de mal que de bien.

Dans mes heures de repos, je lus les Affinités électives de Goethe, que je n'avais que feuilletées dans ma première jeunesse. Cette fois, je dévorai littéralement le livre, mot à mot, et il devint le sujet de violentes discussions entre moi et Herwegh. Connaisseur expérimenté des singularités de notre grande littérature poétique, Herwegh croyait devoir défendre le caractère de Charlotte contre mes attaques. L'emportement dont je faisais preuve dans nos colloques me prouva où j'en étais encore à quarante ans. A part moi, je dus m'avouer que mon compagnon jugeait l'œuvre de Gœthe plus objectivement que moi, dont l'âme était toujours embarrassée d'un joug. Si jamais Herwegh avait senti ce joug, il s’y était résigné et les rapports singuliers qu'il entretenait avec sa maîtresse femme étaient sans doute pour quelque chose dans cette résignation.

Ma cure tirant à sa fin, et m’apercevant que je n'en aurais plus grand profit, nous reprîmes vers la mi-août le chemin de Zurich. Là, je m’apprêtai avec impatience à partir pour l'Italie.

Septembre arriva enfin, le mois le plus propice à un voyage au Midi, à ce qu'on m'avait assuré. Je me mis en route par Genève, l'imagination remplie des choses extraordinaires qui m'attendaient et me permettraient de réaliser mon rêve. De nouveau, les aventures les plus surprenantes illustrèrent ce voyage jusqu'à Turin où je parvins en voiture particulière après avoir traversé le

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