‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 61 sur 376 · GÊNES ET LA SPEZZIA (SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

GÊNES ET LA SPEZZIA (SEPTEMBRE

mont Cenis. Cette ville me déplut ; au bout de deux jours, je filais sur Gênes. Là, enfin, le miracle désiré sembla s'accomplir. Aujourd'hui encore, l'admirable impression de Gênes domine tous mes souvenirs d’Italie. Pendant quelques jours, je vécus dans une véritable ivresse. Mais la solitude où je me voyais fut cause sans doute que je ne tardai pas à me sentir de nouveau délaissé et malheureux à l'idée que jamais je ne serais à mon aise dans ce monde étranger. Incapable de suivre un plan régulier pour visiter les chefs-d'œuvre de la ville, sans direction aucune, je me laissai aller à jouir de ce nouvel élément d'une façon qu'on pourrait appeler musicale. Avant tout, je me mis à la recherche du coin de terre tranquille où j'aurais envie de rester pour déguster mes impressions, car toujours j'étais poussé par le besoin de découvrir l'asile qui m'accorderait l'harmonieux repos nécessaire à mon travail d'artiste.

Mais, ayant abusé de boissons glacées, j'attrapai la dysenterie et, à mes transports, succéda un abattement complet. Pour fuir le vacarme du port près duquel je logeais et trouver la tranquillité absolue, je crus bien faire de m'embarquer pour la Spezzia huit jours après mon arrivée à Gênes. Le vent contraire qui soufflait fit de cette unique nuit de navigation une pénible aventure. Le mal de mer augmenta ma dysenterie et j'arrivai à la Spezzia dans un état de si déplorable épuisement que je fus presque incapable de me traîner jusqu'au meilleur hôtel, qui, à mon grand effroi, se trouva situé dans une rue étroite et bruyante. Après une nuit de fièvre et d'insomnie, je me contraignis à une promenade dans les envi-

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