LE « MONDE COMME VOLONTÉ ET INTELLIGENCE
à lui parler, mais, en me décrivant cette visite, elle ne put s empêcher de constater ironiquement la bonne mine de Roeckel, sa gaieté et la taçon aisée dont il semblait supporter son sort.
Pendant ce temps, moi, je me renfonçai dans mon travail. Le 26 septembre, je terminai la copie très soignée de la partition de l’Or du Rhin. Puis, dans la paisible solitude de ma maison, je pris connaissance d’un livre dont l’étude devait être pour moi de la plus grande importance. Je veux parler du Monde considéré comme volonté et intelligence, par Arthur Schopenhauer. Herwegli m’avait signalé cet ouvrage en me racontant que, chose curieuse, bien qu’il eût paru depuis plus de trente ans, il venait en quelque sorte d’être découvert. Lui y avait été rendu attentif par un article explicatif d’un M. Frauenstaedt. Je me sentis aussitôt attiré puissamment par cette œuvre et me consacrai à sa lecture attentive.
A différentes reprises déjà, j’avais éprouvé le besoin intime de comprendre le véritable sens de la philosophie et pendant mon premier séjour à Paris, ce désir avait été réveillé par mes conversations avec Lehrs ; j’avais essayé aussi de le satisfaire en suivant les cours des professeurs de Leipzig et, plus tard, en parcourant les écrits de Schelling et de Hegel. Mais toutes mes tentatives avaient été vaines et j’avais cru trouver dans Feuerbach le pourquoi de 1 insuccès de mes efforts. Maintenant, je me sentis tout de suite captivé par le livre de Schopenhauer, non seulement à cause de l’intérêt que m’inspirait sa curieuse destinée, mais surtout à cause de la grande clarté et de la mâle précision que, dès le début, je remarquai dans les