LE SYSTÈME DE SCHOPEN H AU ER
explications qu’il donnait sur les plus difficiles problèmes de la métaphysique. Il est vrai que j avais été influencé par le jugement d’un critique anglais. Celui-ci avait déclaré avec franchise que le respect instinctif, mais non convaincu, qu’il avait toujours professé pour la philosophie allemande telle que l’exposent des écrivains incompréhensibles comme Hegel et autres, provenait non pas de sa propre incapacité, mais de 1 enflure voulue où se complaisent ces philosophes. Il en avait vu la preuve dans la rapidité avec laquelle tout s’était éclairci dans son esprit à la lecture de Schopenhauer.
Ainsi que cela arrive toujours à ceux que passionne le sens de la vie, je courus tout d’abord aux conclusions du système de Schopenhauer. Bien que le côté esthétique de ce système me satisfît pleinement et que la place remarquable qu’il attribue spécialement à la musique me surprît, je fus effrayé (comme devait l’être toute personne dans ma disposition d’âme) de sa conclusion morale, car la mort de la volonté et la plus complète résignation y sont considérées comme le seul affranchissement possible des liens de notre incapacité individuelle, qui ne peut arriver à concevoir et à comprendre l’univers.
Celui qui aurait voulu tirer de la philosophie le droit d’agir politiquement et socialement en faveur de la soidisant « liberté de l’individu », n’aurait donc pas trouvé d’argument dans cet ouvrage où l’auteur démontre que pour satisfaire l’instinct de la personnalité il faut suivre un tout autre chemin. Tout cela n’était guère de mon goût, au début : je ne croyais pas devoir me défaire si tôt de la sereine sagesse antique dont j avais éclairé