ÉPISODE DE PARC I E A L
plan d'un drame qu’il venait de faire là-dessus. Je ne m'étais pas gêné de démontrer à mon jeune ami les défauts de son travail. Il ne s'était servi que des situations aventureuses du roman ; moi, au contraire, attiré par son caractère de tragique profondeur, j’écartai tout ce qui n'avait point de rapport avec cette tendance principale. Rentrant un jour d'une promenade, je dessinai les trois actes dans lesquels je comptais resserrer l'action de ce sujet. Dans le dernier acte, je glissai un épisode que j’éliminai plus tard : c'était, au lit de Tristan moribond, une visite de Parafai errant à la recherche du Graal. Tristan, blessé à mort et n'arrivant pas à trépasser, s'identifiait dans mon esprit avec le personnage d'Amfortas du roman de Graal . Cependant, j'eus assez d'empire sur moi-même pour m'arracher momentanément à cette conception et continuer sans interruption ma grande composition musicale. Entre temps, grâce à l’aide de mes amis, j'arrivai aussi à donner une tournure satisfaisante à mes affaires d'argent. Minna avait été à Berlin et, par l'entremise de notre vieille amie Frommann, elle avait pu avoir une entrevue avec M. de Hülsen, intendant du Théâtre de la cour. Après deux ans de tergiversations, je n'avais plus de motifs d’imposer les conditions que j'avais mises autrefois à mon autorisation de jouer Tannhdttser à Berlin. Son succès persistait sur les autres scènes d'Allemagne ; un échec devait donc nuire davantage à la direction théâtrale berlinoise qu’à la réputation de mon opéra.
Minna revint de son voyage au commencement de novembre et, m'en rapportant à ce quelle me disait,