JE RENCONTRE MEYERBEER A LONDRES
répondre il me fallait faire plus d'une lieue allemande et aller jusqu’à Camberwell où ils demeuraient. Là j’apprenais à connaître la famille dans laquelle Mendelssohn se sentait comme chez lui quand il venait à Londres. Ces braves gens ne savaient trop de quoi me parler; ils me décernaient des compliments sur ma manière de diriger les compositions de Mendelssohn et me racontaient des « traits touchants » du défunt.
Howard, le secrétaire de la Société philharmonique, un agréable vieux bourgeois, s’occupa aussi de moi. Il croyait être seul parmi mes connaissances anglaises à songer à me procurer des distractions. En compagnie de sa fille, je dus me rendre quelquefois à l’Opéra italien de Covent- Garden, où j’entendis Fidelio donné d’assez ridicule façon et avec des récitatifs, par des Allemands malpropres et des Italiens sans voix. Je réussis à éviter des soirées trop fréquentes à ce théâtre. Mais ce que je ne pus éviter, ce fut, à ma visite d’adieu chez Howard, la rencontre imprévue de Meyerbeer : il venait de débarquer à Londres pour la représentation de son Etoile du Nord. Lorsque je le vis entrer, je me souvins subitement que Howard n’était pas seulement secrétaire de la Société philharmonique, seul titre dont je me fusse soucié, mais aussi critique musical de Y Illustrated News. Et c’est pourquoi les grands compositeurs s’empressaient toujours de lui faire visite. En m’apercevant, Meyerbeer fut comme atteint de paralysie, ce qui me mit de mon côté dans un tel embarras que je fus incapable de lui adresser un mot. M. Howard, qui croyait que nous nous connaissions, fut fort étonné. En m’accompagnant à la sortie, il me