‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 94 sur 376 · VISITE DE HERMANN FRANCK · texte numérisé non relu

VISITE DE HERMANN FRANCK

demanda si je n’avais pas encore été présenté à ce célèbre maître, à quoi je répondis en le priant de s’informer auprès de M. Meyerbeer lui-même. Le soir, ayant encore rencontré Howard, celui-ci m’affirma que M. Meyerbeer avait parlé de moi avec la plus grande considération. Je lui conseillai alors de lire quelques numéros de la Gazette musicale de Paris, dans lesquels M. Fétis venait de reproduire les opinions peu avantageuses de Meyerbeer sur mon compte. Howard hocha la tête et ne parut pas comprendre « qu’une paire de grands compositeurs pussent se rencontrer de si bizarre façon ».

Une autre surprise, mais agréable cette fois, fut la visite de mon vieil ami Hermann Franck qui, se trouvant alors à Brighton, vint passer quelques jours à Londres. Nous causâmes longuement et j’eus assez de peine à lui donner de moi une véritable opinion ; dans ces dernières années et depuis que nous ne nous étions vus, les musiciens allemands lui avaient narré des choses impossibles sur mon compte. Tout d’abord, il s’étonna de me rencontrer à Londres où le terrain, lui semblaitil, n’était nullement propice à mes tendances musicales. Je ne compris pas ce qu’il entendait par ces « tendances » et lui racontai tout simplement ce qui m’avait décidé à accepter l’invitation de la Société philharmonique.

Les concerts terminés, je comptais retourner à mes travaux à Zurich. Franck avait supposé tout autre chose, car, d’après les on-dit, je cherchais à me créer une grande situation à Londres afin d’y entreprendre une guerre d’extermination contre tous les musiciens d’Allemagne. Voilà les intentions qu’on me prêtait généralement dans

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