CONCERTS DE LA « SACRED MUSIC SOCIETY
J’éprouvai dans ce théâtre une illusion d’optique que je n’ai pas oubliée. Après le premier acte, je témoignai à Lüders, venu avec moi, mon étonnement de ce qu’on fît jouer Roméo par un vieil acteur d’au moins soixante ans, qui s’efforçait de suppléer à sa jeunesse envolée par des accents doucereux et efféminés. Lüders jeta alors un regard sur le programme et s’écria : « Tonnerre ! mais c’est une femme ! » Et, en effet, c’était l'actrice américaine, miss Curshman, autrefois célèbre.
Il me fut impossible d’obtenir une place au « Princess- Theatre » pour Henri VIII. Cette pièce avait une vogue extraordinaire, car elle était donnée selon la méthode moderne et réaliste avec une mise en scène des plus soignées et des plus pompeuses.
Dans le domaine de la musique, qui m’était plus familier, rentrent plusieurs concerts de la « Sacred Music Society ». J’y assistai dans la grande salle « Exeter Hall ». Les oratorios qu’on y donnait presque chaque semaine étaient exécutés avec l’impeccable sûreté qui provient de répétitions fréquentes. Je dus reconnaître aussi que les productions du chœur de sept cents voix étaient remarquables par leur grande précision. Sous ce rapport, le Messie de Haendel fut une manifestation importante. C'est ici, du reste, que je saisis le véritable esprit du culte que les Anglais rendent à la musique. Ce culte est vraiment en relation intime avec le protestantisme anglais et c’est pourquoi l’oratorio attire plus de public que l’opéra. Une audition d’oratorio offre ainsi l’avantage de servir en quelque sorte d’office religieux. De même