MALAISE PHYSIQUE PERMANENT
qu'à l’église on s’assied le livre de cantiques à la main, de même à ces concerts tous les auditeurs ont sous les yeux l’arrangement pour piano de Haendel, dont on achète à la caisse l’édition populaire pour un shilling. Les auditeurs suivent attentivement la marche de la pièce afin de ne perdre, semble- t-il, aucune des nuances et de pouvoir les souligner au bon moment comme, par exemple, l’entrée de Y Alléluia qu’il est de mise d’entendre debout. Au début, cette manifestation fut sans doute un acte spontané d’enthousiasme. On n’en continue pas moins à l’accomplir avec une pénible exactitude à chaque exécution du Messie.
Mais toutes ces réminiscences sont dominées par le souvenir du malaise permanent que me valut sans doute le climat de Londres à cette saison si décriée. J’étais perpétuellement refroidi et le lourd régime anglais que, sur le conseil de mes amis, j’essayai de suivre, ne me procura aucun soulagement. Je n’arrivai pas non plus à bien chauffer mon logis, aussi le travail que j’avais emporté en pâtit-il sérieusement. L’instrumentation de la IValkyrie que j’avais espéré achever à Londres n’avança que d’une centaine de pages. Ce qui me contrariait surtout dans ma besogne, c’était que les esquisses sur lesquelles je devais baser l’instrumentation n’avaient pas été faites en prévision de la longue interruption qui devait suivre leur conception. Souvent je me trouvai devant ma feuille griffonnée au crayon comme devant une page couverte de signes inconnus que je n’arrivais pas à déchiffrer.
Désespéré, je me jetai dans la lecture du Dante. J’étu-