CHAPITRE XXXVIII
En 1917, je fis une autre tournée en Amérique. A cette époque, je croyais, comme beaucoup d'autres, que de la victoire des Alliés dépendait l'espérance de la liberté, de la régénération et de la civilisation du monde entier, aussi à la fin de chaque représentation dansaisje la Marseillaise que toute la salle suivait debout. Cela ne m'empêchait pas de donner mes concerts de musique de Richard Wagner, et je crois que tous les gens intelligents reconnaîtront que le boycottage des artistes allemands pendant la guerre fut une chose injuste et stupide.
Le jour où fut annoncée la révolution russe, tous ceux qui aiment la liberté furent remplis d'une joyeuse espérance, et le soir je dansai la Marseillaise avec le véritable esprit révolutionnaire dans lequel elle fut composée, puis je la fis suivre de mon interprétation de la Marche Slave qui contient V Hymne au Tsar, et j'exprimai l'humiliation des serfs conduits à coups de fouet.
Cette antithèse, cette action contraire à la musique provoqua un orage parmi les auditeurs.
Il est étrange que dans toute ma carrière d'artiste, ce furent ces mouvements de désespoir et de révolte qui m'attirèrent le plus souvent. Dans ma tunique rouge,
j'ai constamment dansé la révolution et l'appel aux armes des opprimés. «
Le soir de la révolution russe, je dansai avec une joie farouche. Mon cœur bondissait en moi à l'idée de la libération de tous ceux qui avaient souffert, qui avaient été torturés, qui étaient morts pour la cause de l'humanité. Il n'est pas étonnant que L..., qui assistait chaque soir dans sa loge à mes représentations, en conçût quelque inquiétude, et qu'il se demandât :si cette école de grâce et de beauté dont il était le soutien ne pourrait pas devenir un véritable danger qui le conduirait, lui et ses millions, à l'anéantissement. Mais l'impulsion de mon art était trop forte ; je ne pouvais l'arrêter même pour plaire à celui que j'aimais.
Au cours de cette tournée, je me retrouvai près de ma ville natale, et un jour nous arrivâmes à Oakland. Juste avant mon arrivée, j'avais appris par les journaux la nouvelle de la mort de Rodin. La pensée que je ne reverrais plus jamais mon ami me fit verser tant de larmes qu'en apercevant les reporters qui m'attendaient sur le quai pour m'interviewer, pour éviter qu'ils ne vissent mes yeux gonflés, je me couvris le visage d'un voile de dentelle noire, ce qui fit écrire le lendemain aux journalistes que j'avais affecté un air mystérieux.
Il y avait dix-neuf ans que j'avais quitté San Francisco pour ma grande aventure, et vous pouvez deviner mon émotion en retrouvant ma ville natale où tout avait été complètement transformé par le tremblement de terre ; tout y était tellement différent que je pouvais à peine me reconnaître.
Quoique l'auditoire sélect et riche du Columbia Théâtre fût des plus sympathiques et des plus avertis, ainsi que les critiques, je n'étais pas satisfaite ; je voulais danser pour le peuple sur une vaste scène. Mais quand je demandai le Théâtre Grec à cette intention, il me fut refusé. Pour quelle raison ? Y eut-il quelque
maladresse de mon imprésario, quelque mauvaise volonté que je ne pouvais comprendre ? Je ne l'ai jamais su.
A San Francisco, je retrouvai ma mère que je n'avais pas vue depuis des années, car par une inexplicable nostalgie, elle ne voulait pas vivre en Europe. Elle me parut très âgée, très usée et un jour que nous déjeunions à Cliff House, en nous voyant dans une glace, je ne pus m 'empêcher de comparer mon triste visage et les yeux hagards de ma mère aux deux âmes ardentes, partant pleines d'espérances, près de vingt ans auparavant, à la recherche de la gloire et de la fortune. Nous avions trouvé l'une et l'autre. — Pourquoi le résultat était-il si tragique ? Probablement parce que c'est la conclusion naturelle de la vie sur ce globe imparfait où les conditions les plus élémentaires sont hostiles à l'homme. J'ai rencontré dans ma vie beaucoup de grandes artistes, de gens intelligents, arrivés, mais aucun qui pût être appelé heureux, bien que certains essayassent de le faire croire. Derrière le masque, avec quelque clairvoyance, on devinait le même malaise, la même souffrance. Peut-être, dans ce monde, ce qu'on appelle le bonheur n'existe pas. Il n'y a que des moments heureux.
J'en eus de véritables à San Francisco quand je rencontrai l'âme-sœur en musique, le pianiste Harold Bauer. A mon grand étonnement, et à ma grande joie, il me dit que j'étais plus encore une musicienne qu'une danseuse, et que mon art lui avait fait comprendre le sens de passages énigmatiques de Bach, de Chopin et de Beethoven. Pendant quelques semaines inoubliables, nous connûmes la joie d'une merveilleuse collaboration artistique, car s'il m'assurait que je lui avais ouvert certains secrets de son art, il me révélait des interprétations du mien, auxquelles je n'avais jamais rêvé.
Harold avait mené une vie subtile, toute cérébrale,
au-dessus de la foule. Contrairement à beaucoup de musiciens, il ne se limitait pas à la seule musique, il savait goûter tous les arts, il avait une vaste connaissance de la poésie et de la philosophie la plus profonde. Quand deux passionnés du même idéal élevé de l'art se rencontrent, une certaine ivresse s'empare d'eux. Pendant des jours nous vécûmes dans cet état d'ivresse. Chacune de nos Gbres frissonnait d'espérance, et quand l'un de nos espoirs se réalisait, nos regards se croisaient et notre joie atteignait un tel délire que nous en poussions des cris, de véritables cris de douleur !
— Avez-vous senti de telle façon cette phrase de Chopin ? — Oui, c'est bien cela, mais avec quelque chose de plus. Je vais interpréter le mouvement de ce passage. — Ah ! quelle réalisation ! Maintenant, je vais jouer pour vous. Ah ! quelle joie ! quelle joie divine !
Telles étaient nos conversations, qui descendaient à chaque instant plus profondément dans l'intelligence de cette musique que tous deux nous adorions.
Nous donnâmes ensemble une représentation au Columbia Théâtre de San Francisco et je la considère comme un des plus heureux événements de ma carrière. Ma rencontre avec Harold Bauer me plaça une fois de plus dans cette incomparable atmosphère de lumière et de joie qui ne peut venir que d'une association avec de telles âmes rayonnantes. J'avais espéré que cela pourrait continuer, et que nous découvririons ensemble tout un nouveau domaine d'expression musicale. Mais hélas ! j'avais compté sans la censure du monde et la méfiance d'une épouse. Notre collaboration se termina par une séparation dramatique et forcée.
Pendant mon séjour à San Francisco, je m'étais liée d'amitié avec Redfern Mason, éminent écrivain et critique musical. Après l'un des concerts de Bauer, alors que nous étions tous réunis pour souper, il me demanda ce qu'il pourrait dire à San Francisco pour m'êtrç
agréable ; en réponse je lui fis promettre qu'il m'accorderait ce que je demanderais, quoi que cela pût coûter.
Il promit, et prenant un crayon, j'écrivis un long éloge du concert de Bauer, prenant comme texte : « Quand ses doigts effleurent les touches d'ivoire. »
Redfern fut terriblement embarrassé, mais il était beau joueur, et quand l'article parut le lendemain sous son nom, tous ses collègues le taquinèrent sans merci sur sa soudaine passion pour Bauer. Mon aimable ami supporta stoïquement ces taquineries, et quand Bauer quitta San Francisco, il fut mon meilleur camarade et mon meilleur soutien.
En dépit de l'enthousiasme des auditoires sélects qui remplissaient le Columbia, j'étais découragée de voir que ma ville natale ne répondait pas à l'appel que je lui avais adressé en faveur de mon école future. Mes imitatrices y étaient installées en foule, et déjà plusieurs écoles copiées sur la mienne existaient, qui semblaient satisfaire entièrement mes concitoyens ; ils semblaient craindre que le caractère plus fruste de mon art n'amenât qulque désastre. Mes imitatrices ne vendaient plus que de l'eau tiède, de l'eau sucrée. Elles avaient pris de mon travail ce qu'elles se plaisaient à appeler « l'harmonie et la beauté » mais elles avaient laissé de côté tout ce qu'il y avait de sévère, elles avaient omis en réalité le principe et le sens.
Dans un moment de prophétique amour pour l'Amérique, Walt Whitman dit : « J'entends chanter l'Amérique », et j'imagine l'hymne puissant que Walt entendait, venant des vagues du Pacifique, passant audessus des plaines, les voix s'élevant du chœur immense des enfants, des jeunes gens, des hommes et des femmes, et chantant la démocratie.
Quand je lus ce poème de Whitman, j'eus aussi une vision : la vision de l'Amérique dansant une danse qui serait l'expression digne du chant qu'entendit Whit-
man. Le rythme en serait puissant, comme les Montagnes Rocheuses, il en aurait les courbes et les mouvements. Il n'aurait rien de comparable au sautillement sensuel du jazz ; il serait comme la vibration de l'âme américaine aspirant vers les' hauteurs, luttant pour s'élever ^vers une vie harmonieuse. Cette danse que j'entrevoyais n'aurait aucune trace de fox-trott ou de charleston ; ce serait comme le bondissement de l'enfant vers les sommets, vers l'avenir, vers une vision grandiose et nouvelle de la vie, qui serait l'expression même de l'Amérique.
J'ai souvent souri, mais d'un sourire ironique, quand j'entendais parler de ma danse « grecque », car j'en trouve moi-même l'origine dans les histoires que ma grand 'mère irlandaise nous contait souvent. Elle nous disait comment elle avait traversé la plaine avec mon grand-père, en 49, dans un chariot fermé d'une bâche, (elle avait seize ans, lui vingt et un) ; comment son premier enfant naquit dans ce chariot pendant une célèbre bataille avec les Peaux-Rouges, et comment, quand les Indiens se furent enfuis, vaincus, mon grand-père mit sa tête à la porte de la voiture, ayant en main un fusil encore fumant, afin de saluer la venue de son nouveau-né.
Lorsqu'ils atteignirent San Francisco, mon grand-père bâtit une des premières maisons de bois ; et je me souviens avoir visité cette maison quand j'étais toute petite. Ma grand'mère, songeant à l'Irlande, avait l'habitude de chanter des chansons irlandaises et de danser des gigues irlandaises. Mais j'imagine que ces gigues irlandaises avaient emprunté un peu de l'âme héroïque des pionniers et de la bataille contre les Peaux-Rouges, sans doute, aussi, des gestes des Peaux-Rouges et un peu de l'esprit de ce Yankee Doodle que chantait mon grand-père le colonel Thomas Gray en revenant de la guerre civile. Il y avait de tout cela dans la gigue irlan-
daise de ma grand'mère ; elle me l'apprit ; j'y ajoutai mes aspirations personnelles de jeune Américaine, et finalement ma conception spirituelle de la vie d'après les vers de Walt Whitman. Voici donc l'origine de cette prétendue danse grecque que j'ai répandue dans l'univers entier.
Telle fut l'origine, la racine, mais plus tard, une fois en Europe, j'eus trois grands maîtres, les trois grands précurseurs de la Danse dans notre siècle : Beethoven, Nietzsche et Wagner. Beethoven créa la Danse en rythmes puissants, Wagner en formes sculpturales, Nietzsche la créa en esprit. Nietzsche fut le premier philosophe de la danse.
Je me demande souvent où est le compositeur américain qui entendra chanter l'Amérique de Walt, et qui écrira la véritable musique de la « danse américaine », musique sans jazz, dont le rythme ne prendra pas naissance au-dessous la taille, mais jaillira du plexus solaire, cette demeure temporelle de l'âme, vers la bannière étoilée du ciel qui, par-dessus les Plaines, les Sierras Nevadas, les Montagnes Rocheuses, s'étend du Pacifique à l'Atlantique. Je t'en supplie, jeune compositeur de mon pays, créé la musique de la danse qui exprimera l'Amérique de Walt Whitmann — l'Amerique d'Abraham Lincoln.
Il me semble monstrueux que l'on puisse croire que le rythme du jazz exprime l'Amérique. Le rythme du jazz exprime le sauvage de l'Afrique du Sud. La musique de l'Amérique serait entièrement différente. Elle est encore à écrire. Aucun compositeur n'a encore saisi ce rythme d'Amérique ; il est trop puissant pour les oreilles de la plupart des musiciens. Mais un jour il débordera sur la terre entière, tombera comme une pluie des vastes espaces célestes, et l'Amérique sera exprimée en une sorte de musique titanique qui formera une harmonie de son chaos, et les jeunes gens et les
jeunes filles aux longues jambes, à la santé joyeuse, danseront sur cette musique, non les convulsions hésitantes et simiesques du charleston, mais une envolée puissante, extraordinaire, qui montera plus haut que les Pyramides d'Egypte, plus haut que le Parthénon de Grèce, expression de beauté et de force telle qu'aucune civilisation n'en aura jamais connue de semblable. Et cette danse n'aura en elle rien de la vaine coquetterie du ballet, ou des sensuelles contorsions du nègre africain. Elle sera claire. Je vois la danse américaine, se tenant sur un pied au point le plus haut des Montagnes Rocheuses, les deux mains étendues de l'Atlantique au Pacifique, sa belle tête tournée vers le ciel, le front étincelant d'une couronne faite de millions d'étoiles.
Comme il est grotesque qu'on ait encouragé en Amérique des écoles de prétendue culture physique, de gymnastique suédoise, la méthode Dalcroze, les ballets ! Une véritable Américaine ne peut pas être une danseuse de ballet. Les jambes sont trop longues, le corps trop souple et l'esprit trop libre pour cette école de grâce affectée et de marche sur les orteils. Il est notoire que toutes les célèbres danseuses de ballet ont été des femmes petites aux membres courts ; une femme grande et fine ne dansera jamais le ballet. L'imagination la plus fantaisiste ne concevra jamais la Déesse de la Liberté exécutant ce ballet. Alors, pourquoi accepter cette école en Amérique ?
Henry Ford a exprimé le souhait que tous les enfants de la Cité Ford sachent danser. Il n'approuve pas les danses modernes, mais recommande qu'ils apprennent à danser les pas autrefois à la mode : la valse, la mazurka, le menuet. Mais les vieilles danses comme la valse et la mazurka ne sont que l'expression d'une sentimentalité maladive et romanesque que notre jeunesse a surmontée, et le menuet n'est que l'image de la servilité onctueuse des courtisans du temps de Louis XIV et des
jupes à paniers. Quels rapports ces mouvements ont-ils désormais avec la jeunesse indépendante d'Amérique ? Est-ce que M. Ford ne sait pas que les gestes ont autant d'éloquence que les mots ?
Pourquoi nos enfants devraient-ils plier le genou dans cette danse fastidieuse et servile, le menuet, ou tourner dans le labyrinthe de la fausse sentimentalité de la valse ? Qu'ils avancent plutôt à longues enjambées, par sauts et par bonds, le front haut, les bras largement étendus, qu'ils traduisent en dansant le langage de nos pionniers, le courage de nos héros, la Justice, la Bonté, la Pureté de nos grands hommes d'État et tout l'amour, toute la tendresse de nos mères. Quand les petits Américains danseront ainsi, la danse fera d'eux des êtres magnifiques, dignes de porter le nom de la plus grande des démocraties.
Ce sera véritablement la danse de l'Amérique .
Quand je revins à New-York, Lohengrin donna une fête chez Shery en mon honneur. Elle commença par un dîner, se continua par des danses jusqu'à un souper de choix. A cette occasion, il me fit cadeau d'un splendide collier de diamants. Je n'avais jamais désiré de bijoux, et n'en avais jamais porté, mais il fut enchanté que je lui promisse de poser ces diamants autour de mon cou. Vers le matin, après que des flots de Champagne eurent, sans arrêt, désaltéré les invités, et que mon propre cerveau fut devenu de moins en moins lucide sous l'influence des plaisirs et de l'ivresse, j'eus la malencontreuse idée de montrer le tango apache comme je l'avais vu danser à Buenos-Ayres, à un superbe jeune homme qui était là. Tout à coup, je sentis mes cheveux empoignés par une main de fer, ma tête et celle du jeune homme furent choquées l'une contre l'autre, puis je fus précipitée à l'autre bout de la pièce où je me heurtai contre le mur et tombai à terre, la figure ensanglantée. Je levai les yeux vers L... : il était dans
une rage folle et hurlait des insultes au-dessus de ma tête blessée. Je fus si indignée de cette injustice que je me levai, et, arrachant le collier de diamants de mon cou, je le lui lançai à la face. Les invités qui étaient restés, pendant cette scène, pétrifiés et consternés, glissaient maintenant dans toutes les directions, sur le parquet de la salle de bal, à la recherche des diamants.
Ce fut la seule circonstance de ma vie où je portai ce malheureux collier, car, peu après cet incident, dans un autre accès de colère, L... disparut. 11 me laissait avec une note d'hôtel formidable et toutes les dépenses de mon école sur les bras. Après l'avoir en vain appelé à mon secours, je portai le fameux collier de diamants au Mont de Piété et ne le revis jamais,
Je me retrouvai donc comme une épave à New-York, sans ressources, à la fin de la saison, où aucune activité n'était plus possible. Heureusement, j'avais encore un manteau d'hermine et une merveilleuse émeraude que L... avait achetée à un fils de maharajah qui avait perdu tout son argent à Monte-Carlo. On racontait qu'elle venait de la tête d'une idole fameuse. Je vendis le manteau à une célèbre soprano, l 'émeraude à une autre soprano également célèbre, et je louai une villa à Long Beach pour l'été afin d'y installer mes élèves en attendant l'automne où je pourrais sans doute recommencer à gagner de l'argent.
Avec mon imprévoyance habituelle, une fois que j'eus assez de fonds pour la villa, l'auto et les besoins journaliers, je me souciai peu de l'avenir. Comme j'étais pratiquement sans le sou, il aurait été, sans aucun doute, plus sage de transformer le produit de la vente des fourrures et des bijoux en actions et en obligations, mais cette pensée ne me vint même pas et nous passâmes tous un été assez agréable à Long Beach, recevant comme toujours beaucoup d'artistes.
Parmi les invités qui restèrent plusieurs semaines avec
nous, était le génial violoniste Isaye, dont l'archet merveilleux enchantait matin et soir notre villa.
Nous n'avions pas de studio, mais nous dansions sur la plage ; nous donnâmes une grande fête en l'honneur d'Isaye qui en fut ravi comme un enfant.
Mais, ainsi que c'était à prévoir, après les plaisirs de cet été, quand nous retournâmes à New-York, je me trouvai sans argent pour recommencer la saison. L'ennui et l'abandon de Lohengrin me contrariaient tellement que je décidai de repartir pour l'Europe.