CHAPITRE VII
Il y avait toujours dans notre budget un certain déficit, mais nous traversions pourtant une période de paix. Cette atmosphère pacifique impatientait Raymond. Il partit pour Paris, et au printemps, nous bombarda de télégrammes qui nous imploraient de venir le rejoindre, si bien qu'à la fin, ma mère et moi nous fîmes nos bagages et prîmes le bateau.
Après les brouillards de Londres, nous arrivâmes par un matin de printemps à Cherbourg. La France nous parut un vrai jardin, et de Cherbourg à Paris nous restâmes à la portière de notre compartiment de troisième. Raymond était à la gare. Il avait laissé pousser ses cheveux qui lui tombaient sur les oreilles, il portait un col rabattu et une lavallière. Nous fûmes quelque peu surprises de cette métamorphose, mais il nous expliqua que c'était la mode du Quartier Latin, où il habitait. Il nous conduisit chez lui, et dans l'escalier nous croisâmes une petite midinette qui descendait en courant. Puis il nous régala d'une bouteille de vin rouge qui, disait-il, coûtait trente centimes. Après le vin rouge, nous partîmes à la recherche d'un studio. Raymond savait deux mots de français, et nous allions par les rues en répétant : « Chercher atelier ». Ce que nous ignorions c'est que le mot atelier ne correspond pas au
mot studio, mais signifie toute espèce de pièce où travaillent des ouvriers. Finalement, à la tombée du jour, nous trouvâmes ce qu'il nous fallait dans le fond d'une cour, au prix extraordinaire de 50 francs par mois, tout meublé. Nous ne pouvions imaginer pourquoi le loyer était si bon marché, mais nous découvrîmes la raison le soir même. Nous nous étions à peine installés pour la nuit, que d'épouvantables secousses secouèrent le studio comme s'il y eût eu un tremblement de terre : la pièce semblait sauter en l'air, puis retomber sur le sol. Et les secousses se répétaient. Raymond descendit voir ce qui se passait et découvrit que notre refuge étaii. situé au-dessus d'une imprimerie de nuit. De là le bon marché du studio. Cette constatation rafraîchit un peu notre enthousiasme, mais comme pour nous cinquante francs représentaient une somme importante, j'affirmai que le vacarme ressemblait au bruit de la mer, que nous n'avions qu'à nous imaginer au bord de la mer. La concierge nous faisait à manger, pour le prix de vingt-cinq centimes pour le déjeuner et de un franc par tête pour le dîner, vin compris. Elle disait avec un sourire poli, en nous montant la salade : « Il faudra la tourner, messieurs dames, il faudra la tourner. »
Raymond renonça à sa midinette et se consacra tout à moi. Nous nous levions à cinq heures du matin, tant notre joie d'être à Paris était vive ; nous commencions la journée en dansant dans les jardins du Luxembourg, puis nous marchions pendant des kilomètres et nous passions des heures au Louvre. Raymond avait déjà un carton plein de dessins représentant tous les vases grecs, et nous passions tant de temps dans la salle des vases grecs que le gardien fut pris de soupçons. Quand je lui eus expliqué à l'aide d'une pantomime que je n'étais venue que pour danser, il décida qu'il avait affaire à des fous inoffensifs et nous laissa tranquilles. Je me rappelle que nous passions des heures et des heures sur le
parquet ciré, nous traînant pour voir les rayons inférieurs, ou dressés sur la pointe des pieds en disant : « Regarde, voilà Dionysos », ou « Viens voir, voici Médée tuant ses enfants. »
Et chaque jour, nous retournions au Louvre, et Ton arrivait à peine à nous mettre dehors à l'heure de la fermeture. Nous n'avions ni argent ni amis à Paris, mais nous n'avions besoin de rien. Le Louvre était notre paradis, et j'ai rencontré bien des gens qui nous avaient vus alors, moi en robe blanche et en chapeau liberty et Raymond en chapeau à larges bords, avec son col ouvert et sa lavallière, qui m'ont dit que nous faisions un couple étrange, si jeunes et perdus de façon si complète dans notre admiration des vases grecs. Nous rentrions à pied dans le crépuscule, nous arrêtant devant les statues des Tuileries, et quand nous avions avalé notre dîner de haricots blancs, de salade et de vin rouge, nous étions à peu près aussi heureux qu'on peut l'être.
Raymond avait un joli coup de crayon. En quelques mois il avait copié tous les vases grecs du Louvre. Mais il existe certaines silhouettes, qui furent publiées par la suite, qui n'avaient pas été dessinées d'après des vases grecs, mais d'après des photographies que Raymond avait faites de moi, dansant nue, et qui furent données pour des vases grecs.
En dehors du Louvre, nous visitions le Musée de Cluny, le musée Carnavalet, et Notre-Dame, et tous les musées de Paris. J'étais surtout ravie par le groupe de Carpeaux qui se trouve devant l'Opéra, et par celui de Rude à l'Arc de Triomphe. Il n'y avait pas un monument devant lequel nous ne demeurions debout, immobiles d'admiration, nos jeunes âmes américaines transportées à la vue de cette culture que nous avions tant lutté pour découvrir.
Le printemps Gt place à l'été, et la grande Exposition
de 1900 s'ouvrit, quand, à ma grande joie, mais au désappointement de Raymond, Charles Halle parut un beau matin à notre atelier de la rue de la Gaîté. 11 était venu pour l'Exposition, et je fus dès lors sa compagne de tous les instants. Je n'aurais pas pu avoir de guide plus charmant et plus intelligent. Nous flânions toute la journée à travers les monuments, et le soir nous dînions à la Tour Eiffel. Il était la bonté personnifiée, et quand j'étais fatiguée, il me faisait asseoir dans un fauteuil roulant. J'étais d'ailleurs souvent fatiguée, car l'art de l'Exposition ne me paraissait pas valoir l'art du Louvre, mais j'étais pourtant très heureuse, car j'adorais Paris et j'adorais Charles Halle.
Le dimanche, nous prenions le train et nous allions à la campagne, nous perdre dans les jardins de Versailles ou dans la forêt de Saint-Germain. Je dansais pour lui dans la forêt, et il faisait de moi des croquis. Et ainsi l'été se passa. La vie était moins heureuse, sans doute, pour ma pauvre maman et pour Raymond.
L'Exposition de 1900 m'a laissé une impression profonde, celle de la danse de Sada Yaco, la grande danseuse tragique du Japon. Tous les soirs, Charles Halle et moi, nous frissonnions devant l'art extraordinaire de cette grande tragédienne.
Une autre impression, plus forte encore, que j'ai gardée toute ma vie, fut celle du Pavillon Rodin, où les œuvres complètes du sculpteur admirable étaient présentées pour la première fois au public. Quand je pénétrai dans le Pavillon, je demeurai frappée d'éblouissement devant l'œuvre du grand maître. Sans connaître alors Rodin, je sentais que j'étais dans un autre monde, et chaque fois que je revenais, je m'indignais de la vulgarité des Américains qui disaient : « Où est sa tête ? Où est son bras ? » Souvent je me retournais et j'apostrophais la foule, pour lui dire ses vérités : « Vous ne voyez donc pas, criais-je, que ce n'est pas la chose
même, mais un symbole, une conception de l'idéal de la vie ? »
Charles Halle dut retourner à Londres, mais avant de partir, il me présenta son neveu, Charles Noufflard. « Je te confie Isadora », lui dit-il en partant. Noufflard était un jeune homme de vingt-cinq ans environ, plus ou moins blasé, mais il fut complètement captivé par la naïveté de la petite Américaine qui lui avait été confiée. Il entreprit de compléter mon éducation en matière d'art français, me parlant beaucoup du gothique, et me faisant apprécier pour la première fois les époques de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI.
Nous avions quitté «râtelier de Ja rue de la Gaîté, et, avec ce qui restait de nos économies, nous avions loué un grand atelier, avenue de Villiers. Raymond l'avait arrangé de façon très originale. Il avait pris des feuilles d'étain, les avait roulées et placées sur les becs de gaz, de façon à ce que la flamme en passant au travers, donnât l'impression de torches romaines ; mais nos factures de gaz en furent considérablement augmentées.
Ma mère reprit sa musique, et comme aux jours de notre enfance, elle passait désormais des heures à jouer du Chopin, du Schumann et du Beethoven. Nous n'avions ni chambres à coucher ni salle de bains. Raymond peignit des colonnes grecques le long des murs et nous nous procurâmes quelques bahuts de bois sculpté pour y mettre nos matelas. Le soir nous les sortions des bahuts et les installions dessus pour dormir. C'est vers cette époque également que Raymond inventa ses fameuses sandales, ayant découvert que les souliers sont des choses odieuses. Il avait alors l'esprit particulièrement inventif, et passait les trois quarts de ses nuits à mettre au point ses découvertes à coups de marteau, tandis que, ma pauvre mère et moi, nous dormions comme nous pouvions sur nos bahuts.
Charles Noufflard venait fréquemment nous rendre visite. Un jour, il amena dans notre atelier deux de ses camarades, un joli jeune homme qui s'appelait Jacques Beaugnies, et un jeune littérateur nommé André Beaunier. Charles Noufflard était très fier de moi et enchanté de me montrer à ses amis comme un phénomène d'Amérique. Je dansai naturellement pour eux. J'étudiais alors la musique des préludes, des valses et des mazurkas de Chopin. Ma mère jouait extrêmement bien, avec un doigté d'homme, ferme et fort, avec aussi beaucoup de sentiment et d'intelligence, et elle pouvait m 'accompagner pendant des heures. C'est alors que Jacques Beaugnies eut l'idée de demander à sa mère, madame de Saint-Marceau, la femme du sculpteur, de me faire danser chez elle un soir, devant des amis.
Madame de Saint-Marceau avait un des salons les plus aristocratiques et les plus chics de Paris, et une répétition fut arrangée dans l'atelier de son mari. Au piano était un homme extraordinaire, avec des doigts de magicien. Je me sentis aussitôt attirée vers lui.
— Quel ravissement ! s'écria-t-il. Quel charme ! Quelle jolie enfant ! Et, me soulevant dans ses bras, il m'embrassa sur les deux joues, à la mode française. C'était Messager, le grand compositeur.
Le soir de mes débuts arriva. Je dansai devant un groupe de gens si aimables, si enthousiastes, que je fus bouleversée. Ils attendaient à peine que chaque danse fût finie pour crier : « Bravo, bravo, elle est exquise ! Quelle enfant ! », et à la fin de la première danse, un grand monsieur, avec des yeux perçants, se leva et vint m 'embrasser.
— Quel est ton nom, petite fille ? me demanda-t-il.
— Isadora, répondis-je.
• — Mais ton petit nom ?
— Quand j'étais toute petite, on m'appelait Dorita.
— Ah, Dorita, s'écria-t-il, en m 'embrassant sur les yeux, sur les joues et sur la bouche, tu es adorable.
Alors madame de Saint-Marceau me prit la main et me dit :
— C'est le grand Sardou.
A vrai dire, tout ce qui comptait dans la vie du Paris d'alors était réuni là, et, quand je partis, couverte de fleurs et de compliments, mes trois cavaliers servants, Noufflard, Jacques Baugnies et André Beaunier, m'escortèrent jusqu'à la maison, rayonnants d'orgueil et de satisfaction en voyant que leur petit phénomène avait remporté un tel succès.
De ces trois jeunes gens, celui qui devait devenir mon plus grand ami n'était pas le grand et agréable Charles Noufflard, ni le beau Jacques Beaugnies, mais le petit et pâle André Beaunier. Il avait le visage rond et portait des verres. Mais quelle intelligence ! Je fus toujours une cérébrale, et, bien qu'on puisse ne pas me croire, mes amours de tête, qui furent nombreuses, m'intéressaient autant que mes véritables affaires de cœur. André, qui, à cette époque, écrivait ses premiers livres, Pétrarque et Simonde, venait me voir tous les jours, et c'est par lui que je m'initiai à la plus belle littérature française.
J'avais alors appris à lire et à parler français assez couramment, et André Beaunier me faisait des lectures à haute voix, dans notre atelier, pendant des après-midi et des soirs entiers. Il y avait dans sa voix une cadence exquisement douce. Il me lisait les œuvres de Molière, de Flaubert, de Théophile Gautier, de Maupassant, et c'est lui qui, le premier, me lut le Pelléas et Mélisande de Maeterlinck et tous les ouvrages français de l'époque.
Chaque après-midi j'entendais un coup timide à la porte de l'atelier. C'était André Beaunier, toujours avec quelque nouveau livre ou quelque revue sous le bras. Ma mère ne comprenait pas mon enthousiasme pour cet
homme, qui n'avait rien de l'amant idéal étant, comme je l'ai dit, gros et petit, avec des yeux minuscules, et il fallait être une cérébrale pour comprendre que ces yeux étincelaient d'esprit et d'intelligence. Souvent, après m 'avoir fait la lecture pendant une heure ou deux, nous prenions l'impériale d'un omnibus qui longeait la Seine et nous descendions le long de l'île de la Cité pour admirer Notre-Dame au clair de lune. Il connaissait toutes les statues de la façade, il pouvait dire l'histoire de chaque pierre. Puis nous rentrions à pied et, de temps en temps, je sentais la timide pression -de doigts d'André sur mon bras. Le dimanche nous prenions le train pour aller à Marly. 11 y a, dans l'un des livres de Beaunier, une scène où il décrit ces promenades dans la forêt, où il raconte comment je dansais devant lui le long des allées, l'attirant comme une nymphe ou une dryade, et m 'échappant avec des rires.
Il me confiait toutes ses impressions, il me disait le genre de littérature qu'il avait le désir de faire, les livres qu'il voulait écrire et qui n'auraient pas connu les grands tirages ; mais je crois que le nom d'André Beaunier restera dans les siècles à venir comme celui d'un des écrivains les plus exquis de son temps.
Deux fois je vis André Beaunier pris d'une émotion profonde. La première fut à la mort d'Oscar Wilde. Il vint me voir blême et tremblant, dans un état d'effondrement terrible. J'avais vaguement entendu parler d'Oscar Wilde, mais je ne savais de lui que peu de chose. J'avais lu quelques vers de lui et ils m'avaient plu, mais André me conta une partie de son histoire. Quand je lui demandai pourquoi Oscar Wilde avait été mis en prison, il rougit jusqu'à la racine des cheveux, et refusa de répondre.
Il tenait mes mains dans les siennes et tremblait. Il resta avec moi très tard et me répétait : « Vous êtes mon seul confident », puis il partit me laissant l'impression
étrange qu'une calamité inexplicable s'était abattue sur le monde.
Peu de temps après il revint un matin avec un visage pâle et tragique. Il refusa de me confier la raison de son émotion, mais il demeura silencieux, le visage immobile, les yeux fixés droit devant lui, et en partant, il m'embrassa sur le front d'une telle façon que j'eus l'intuition qu'il allait mourir. Je restai plongée dans une anxiété douloureuse jusqu'à ce que, trois jours après, il revînt, d'excellente humeur, et m'avouât qu'il s'était battu en duel et avait blessé son adversaire. Je n'ai jamais su la raison de ce duel.
En fait, je ne savais rien de sa vie personnelle. Il paraissait d'ordinaire entre cinq et six chaque soir, me faisait la lecture, ou m'emmenait en promenade, suivant le temps qu'il faisait ou l'humeur où nous étions. Une fois nous nous assîmes à un carrefour du Bois de Meudon, où quatre routes se croisent. Il nomma la route de droite Fortune, celle de gauche Paix, celle devant nous Immortalité. « Et celle où nous sommes assis ? » demandai-je. « Amour », répondit-il à voix basse. « Alors je préfère rester ici », m'écriai-je, ravie, mais lui : « Nous ne pouvons rester ici », dit-il, et, se levant, il marcha à grands pas vers la route qui s'ouvrait en face de nous. ->
Déçue et déconcertée, je le rejoignis en courant, et en criant :
— Pourquoi, pourquoi me laissez-vous ? Mais il ne dit plus un mot de toute la route et me laissa brusquement à la porte de mon atelier.
Cette amitié étrange et passionnée avait duré plus d'un an, quand, dans toute l'innocence de mon cœur, je rêvai de lui donner une autre expression. Un soir, je m'arrangeai pour envoyer ma mère et Raymond à l'Opéra et pour être seule. L'après-midi, j'avais acheté en cachette une bouteille de Champagne.. Je préparai
une petite table, avec des fleurs et deux verres. Puis je revêtis une tunique transparente, couronnai mes cheveux de roses et j'attendis André, dans les mêmes sentiments que Thaïs. Il vint, parut fort étonné, terriblement embarrassé, et voulut à peine toucher au Champagne. Je dansai pour lui, mais il paraissait distrait, et finalement me quitta tout d'un coup, disant qu'il avait beaucoup à écrire ce soir-là. Je demeurai seule avec mes roses et mon Champagne, et je pleurai amèrement.
Si l'on se souvient que j'avais dix-huit ans à cette époque et que j'étais remarquablement jolie, il est difficile de trouver une explication à cet épisode, et, en vérité, je n'en ai jamais trouvé, mais sur le moment je ne pouvais que penser, désespérée : « Il ne m'aime pas », et, par vanité blessée, je me mis à flirter hardiment avec l'un des deux autres de mon trio d'admirateurs. Il était blond, grand et beau, et aussi entreprenant qu'André se montrait timide dans ses embrassements et ses baisers. Mais cette expérience se termina aussi mal. Un soir, après un vrai dîner au Champagne en cabinet particulier, il me mena dans une chambre d'hôtel, prise sous le nom de Monsieur et Madame X... J'étais tremblante, mais heureuse. J'allais enfin connaître ce qu'était l'amour. Je me trouvai dans ses bras, submergée sous un déluge de caresses, le cœur battant, chaque nerf inondé de plaisir, et tout mon être nageant dans une joie extatique. « Je m'éveille enfin à la vie », exultais-je, quand, soudain, il se redressa, puis, tombant à genoux près du lit dans une émotion indescriptible, s'écria :
— Oh ! pourquoi ne me l'avez-vous pas dit ? Quel crime j'allais commettre. Non, non, il faut que vous restiez pure. Habillez-vous, habillez-vous immédiatement.
Et, sourd à mes lamentations, il me jetait mon manteau sur les épaules, me poussait dans un fiacre, et,
tout le long du chemin, s'injuriait lui-même, en des termes si violents que j'étais épouvantée.
« Quel crime, me demandais-je, allait-il commettre ? » Et malade, étourdie, bouleversée, je me trouvai une fois de plus déposée à ma porte dans un état de profond découragement.
Mon jeune ami blond ne revint jamais : il partit peu de temps après pour les colonies, et quand je le revis, des années après, il me demanda : « M'avez-vous pardonné ?» — « Pardonné quoi ? » lui demandai-je.
Telles furent mes premières aventures juvéniles aux frontières du pays inconnu d'Amour, où j'étais impatiente de pénétrer, et qui me fut fermé pendant de longues années par cette impression de respect religieux que je produisais sur ceux qui m'aimaient.
Cette dernière aventure, pourtant, eut une influence marquée sur ma nature émotive, car elle en dirigea toutes les forces vers mon Art, à qui je demandai désormais les joies que l'amour me refusait.